Cécile STROUK Paris
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Publié le 25 avril 2018
L’hypocondrie est une névrose drôle et douloureuse à la fois. Une maladie à deux visages racontée sur les planches du théâtre de la Contrescarpe tous les dimanches soirs, par un jeune acteur doué, dans une mise en scène maligne.

Dimanche soir, nous avons assisté à un one-man show, librement inspiré du roman « Hypo » de Christian Astolfi. Ou plutôt un spectacle solo d’un jeune acteur courageux de 21 ans, Lucas Andrieu. Courageux ? Oui. À maints égards, même.

Déjà, pour le sujet abordé, l’hypocondrie, qui n’est pas si évidente à traiter depuis que Molière s’en est emparée avec « Le Malade Imaginaire » ; ensuite, pour sa prestation, riche en tournures de phrases fleuries et en vocables experts ; enfin, pour avoir su affronter un public peu nombreux ce jour-là. On imagine à quel point il doit être éprouvant pour un comédien de se retrouver face à une salle presque vide. Malgré (grâce, à cause ?) de son jeune âge, le comédien a relevé haut le défi. Sans se démonter, en surmontant une transpiration abondante, et en faisant fi de quelques bredouillages dus sans doute à la fatigue. Près de 1h30 à assurer tout de même, dans une mise en scène ingénieuse (signée Xavier-Adrien Laurent) qui requiert une énergie soutenue.

Sur scène, au départ, deux coffres à jouets sans doute exhumés de sa chambre d’enfant. Il arrive avec un sac en carton. Peu à peu, il dévoile les multiples trésors qu’abritent ces deux objets scéniques : figurines, joujous en tous genres, poupées, chaises et… un dictionnaire Vidal datant de 2009 (ouvrage de référence dans le monde médical) ! Un tas d'accessoires qui soutient voire illustre le propos global de ce comédien atteint d’une hypocondrie aigue : les symptômes ont débuté dès sa naissance, lorsqu’il fut sorti de force de la « caverne » maternelle, lorsqu’il fut officiellement reconnu par ses parents un an après être né, lorsqu’il comprit qu’il ne supportait pas les miasmes, lorsqu’il fut évident qu’il n’était pas comme les autres, lorsqu'il réalisa que la société, elle-même malade, n'allait pas l'aider à aller mieux.

Un maniaque, donc. Et qui dit maniaque dit hyperactif. À bouger dans tous les sens, tellement qu’il est contraint de souffler dans son bronchodilatateur pour calmer ses crises. La névrose grandit à mesure que la pièce avance. Son autisme prend des proportions grandissantes, avec un point de rupture : la naissance de « la chose », son petit frère. Qu’il n’aime pas, comme il n’aime pas ses parents, ni ses camarades. En plus d’être hyponcrondiaque, il est misanthrope, ce qui est finalement assez corrélé. Une rédemption finale aura toutefois lieu grâce à la pire des maladies : la maladie d’amour.

À partir de l’épisode de « la chose », on regrette une perte de vitesse. Jusque-là intéressante et enlevée, la pièce finit par provoquer la lassitude. L'égocentrisme engendré par cette névrose obsessionelle, la détestation de tout, les érections multiples du personnage dont il ne sait pas quoi faire et nous non plus… sont autant d’éléments narratifs qui mettent à mal l’efficacité de l’histoire. Dommage. Car, hormis ces longueurs, Hypo présente un ensemble très méritant. 

Hypo
Paris Du 01/04/2017 au 27/05/2017 à Les dimanches à 20h30 Théâtre de la Contrescarpe 5 Rue Blainville, 75005 Paris Téléphone : 01 42 01 81 88. Site du théâtre  

Hypo

de Xavier-Adrien LAURENT et Laura LEONI, d'après le roman Hypo de Christian ASTOLFI

Théâtre
Mise en scène : Xavier-Adrien LAURENT
 
Avec : Lucas ANDRIEU
Durée : 1h20 Photo : © DR