Michel VOITURIER Cuesmes
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Publié le 24 avril 2018
On oublie parfois qu’un conteur appartient au spectacle vivant au même titre qu’un humoriste, qu’une seule ou un seul en scène monologuant un texte d’auteur. Qu’il est susceptible de nous narrer aussi bien des légendes puisées dans l’inépuisable fond des histoires traditionnelles de n’importe quel pays que dans la réalité d’aujourd’hui. Le belgo-tunisien Ahmed Hafiz est de ceux-là.

Ahmed Hafiz a choisi la simplicité : un tabouret et lui, un éclairage et un plateau de théâtre. Il nous raconte le voyage qu’il fait de l’Europe vers le Maghreb à l’occasion du décès de sa mère. Seulement, sa mère meurt plusieurs fois par an pour être sûre que son fils viendra lui rendre visite.

L’humour, dès l’abord, désamorce donc ce que la situation contiendrait de dramatique. Cela établit non pas une complicité (ce qui se fait toujours au détriment de quelqu’un) mais plutôt une connivence (ce qui constitue une entente collective) entre l’auteur interprète et son public. Et lui permet de glisser, au fil du spectacle, une auto-dérision qui s’en prend à ses congénères peu disposés à la tolérance, aux malentendus administratifs, à certains poncifs entretenus par le racisme latent propre à toute communauté dès le moment où elle risque de se refermer sur elle-même.

La traversée de l’Europe vers l’Afrique et vice-versa est l’occasion de caricaturer avec tendresse une série de personnages, de comportements, de contradictions. Les anecdotes ponctuent le récit des relations avec la mère, ses obsessions, ses attentions, ses manies. Elles font intervenir des épisodes familiaux, des souvenirs d’enfance, des croyances traditionnelles telle celle des djinns, des événements personnels au narrateur. S’y ajoutent des évolutions qui bouleversent le quotidien comme l’introduction de la télévision.

La structure en est plutôt libre, interrompant le présent par des retours au passé, entremêlant des incidents de voyage à des observations tant sur les Belges que les Tunisiens. Hafiz le malicieux y mêle des passages en langue arabe ; des chants aussi qu’il partage avec la salle. Un peu de ce fantastique qui convient si bien au conte se combine avec quelques remarques caustiques et moments délirants comme on les affectionne en Belgique.

Et lorsqu’on aboutit à la disparition réelle de la mère, l’émotion devient palpable sans pour autant renier la distance qui empêche de sombrer dans un sentimentalisme facile. Cette histoire-là entre vérité et fiction amusée reste humaine de bout en bout. Si elle comporte une dimension critique, elle demeure proche d’une sensibilité assumée, partagée, sans frontières.

Le bon fils
Cuesmes - Festival du conte populaire - Belgique Le 21/04/2018 à 20h15 Théâtre des Rues 20 rue du Cerisier Téléphone : 00 32 (0)65 31 34 44. Site du théâtre Réserver  

Le bon fils

de Ahmed Hafiz

Humour seul-en-scène Théâtre
Mise en scène : Ahmed Hafiz
 
Avec : Ahmed Hafiz
Durée : 1h15 Photo : © Yves Kerstius

Comparer: Tania Forlova   http://www.ruedutheatre.eu/article/172/ma-maman/

                   Mohamed El Khatib   http://www.ruedutheatre.eu/article/3589/finir-en-beaute/