Noël TINAZZI Paris
Contact
Publié le 21 mars 2018
Spectaculaire superproduction à la Bastille de « Benvenuto Cellini », opéra fleuve malaimé de Berlioz, mis en scène par Terry Gilliam. Entre cirque et carnaval, toute la troupe s’investit dans l’évocation de l’artiste exubérant, emblématique de la Renaissance italienne.

Bluffant ! Il faut toute la puissance d’imagination de Terry Gilliam pour porter à la scène un opéra d’une telle ampleur créatrice, œuvre maudite d’Hector Berlioz sur l’un des artistes emblématiques de la Renaissance italienne, l’orfèvre, sculpteur, dessinateur Benvenuto Cellini. Créée en 2014 à Londres, cette co-production impliquant aussi les opéras de Rome et d’Amsterdam est une superproduction à la (dé)mesure de l’acteur-réalisateur des Monty Python qui pour sa deuxième mise en scène d’opéra récidive avec les opéras réputés injouables de Berlioz après « La Damnation de Faust », en 2011.

Pris par « la folie des grandeurs », comme il l’admet lui-même dans le programme, il convoque une centaine d’artistes sur scène : outre la bonne dizaine de chanteurs et les chœurs, des danseurs, acrobates, jongleurs, marionnettes géantes font un cirque d’enfer sur le plateau de la Bastille…  Emporté par une folie communicative, le public ébaubi est inondé de pétales des fleurs tombant des nues puis de confettis. Le show exalte la figure changeante et incandescente de l’orfèvre et sculpteur florentin, artiste accompli et héraut flamboyant de la Renaissance, dont les « Mémoires » traduits en français avec leur parfum d’insolence, de cabales, de rixes et d’aventures galantes, ont inspiré toute la génération romantique des années 1830, dont Berlioz.

Le jeune compositeur qui voyait en l’artiste italien un double de lui-même n’en connut pas moins l’un de ses premiers échecs lors de la création de l’opéra à Paris en 1838. Face à l’incompréhension du public et de la critique, il le retira de l’affiche avant de le confier à Franz Liszt qui se chargea de sa refonte à Weimar en 1852. Avec ses trois actes débordant d’une vigueur juvénile, le flot musical de 3, subvertit le genre grand opéra français avec force intrigues, coups de théâtre et surtout une complexité et une variété dans l’orchestration qui emporte les chanteurs et les chœurs dans un tourbillon d’airs collectifs et solitaires, héroïques, élégiaques, de chansons à boire, de saltarelles de carnaval…

Précisément située à Rome en 1532, l’action se déroule alors que le carnaval bat son plein. Cellini, qui n’est pas de reste dans la fête, a reçu une commande du pape Clément VII pour fondre une grande sculpture. Mais l’artiste est tout entier à son projet d’enlever la belle Teresa, qui est promise par son père, Balducci, trésorier du Pape, à Fieramosca, sculpteur académique qui n’a pas les faveurs du Pontife. Contraint et forcé par la puissance papale, Cellini devra mener de front ses deux projets amoureux et artistique. Et se tirera in-extrémis de ce double mauvais pas.

Décors à la Piranèse

Avec un sens du spectacle qui force l’admiration, Gilliam signe aussi les décors citant les dessins fantastiques de Piranèse : architectures compliquées et inquiétantes de prison imaginaire en noir et blanc avec des éclairages savants sculptant de puissants clairs obscurs. Cet art  du spectacle culmine au dernier acte, celui de la fonte de la statue géante de Persée, où l’atelier de l’artiste en effervescence sur fond de fournaise ardente évoque l’antre de Vulcain. Variée et truculente, la scénographie  n’est pas dépourvue de gags : comme l’arrivée du pape en personne juché sur une passerelle dorée d’aéroport, escorté par une troupe de cardinaux rutilants à la Fellini.

L’exubérance sur scène est contrebalancée dans la fosse par le chef Philippe Jordan qui dirige de main d’orfèvre cet opéra composite, toujours attentif à l’équilibre entre les voix et l’orchestre, sans excès de lyrisme. Si les chœurs sont impeccables, la distribution majoritairement de langue anglo-saxonne pèche par une mauvaise prononciation du français (heureusement sous-titré). Sans grand charisme, le ténor américain John Osborn tient vaillamment le rôle-titre, tandis que la soprano Pretty Yende est une Teresa bien sage. En revanche, dans le rôle travesti d’Ascanio, apprenti de Cellini, la soprano québécoise Michèle Losier fait un tabac. 

Benvenuto Cellini
Paris Du 20/03/2018 au 14/04/2018 à 19h30 Opéra Bastille 130, rue de Lyon Téléphone : 08 92 89 90 90. Site du théâtre Réserver  

Benvenuto Cellini

de Hector Berlioz

Opéra
Mise en scène : Terry Gilliam
 
Avec : John Osborn, Maurizio Muraro, Audun Iversen, Pretty Yende, Marco Spotti, Michèle Losier, Vincent Delhoume, Luc Bertin-Hugault, Rodolphe Briand

Direction musicale : Philippe Jordan
Co mise en scène et chorégraphie : Leah Hausman
Décors :
Terry Gilliam, Aaron Marsden
Costumes : Katrina Lindsay
Lumières : Paule Constable
Vidéo : Finn Ross
Chef des chœurs : José Luis Basso

Durée : 3h30 Photo : © DR