Bruxelles, printemps noir
Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 20 mars 2018
Pas d'intrigue, pas de suspense, pas d'histoire... Car l'Histoire est connue. Elle a été vécue de très près ou de plus loin, dans les chairs ou regardée sur les petits écrans dans les chaumières. Elle ne sera pas racontée mais commentée, en de nombreuses séquences, très différentes en tous points. Il ne s'agit pas de théâtre documentaire mais d'une suite de petites fictions, de réflexions autour de faits réels dramatiques.

L'auteur, Jean-Marie Piemme, et le réalisateur, Philippe Sireuil, ont travaillé de concert reprenant l'idée d'un premier projet vieux d'une dizaine d'années qui avait, déjà, pour thème l'atteinte meurtrière faite brutalement à une population civile (le mot "attentat" deviendra, hélas, de plus en plus "familier"...) "Métro4" partait des attentats de Madrid (2004) et Londres (2005) pour en imaginer un, à Bruxelles. C'était avant que le danger soit là, proche de cet auteur, proche de ce réalisateur...

Les 18 séquences, mobilisant 80 personnages interprétés par près d'une vingtaine de comédien/ne/s, exposent un ou des points de vue, des situations particulières, des rélexions et les constats et constituent un ensemble qui se tient malgré des climats forcément variés, d'où un certain humour noir (cher à l'auteur) n'est pas absent. Elles sont annoncées par projection sur le proscenium comme les titres de chapitres d'une livre (catégorie "essai"). Dans leur lieu d'activité (le théâtre des Martyrs), on retrouve une partie des acteurs et actrices de "Théâtre en Liberté" auxquels se sont joints des têtes connues et de jeunes pousses venues d'Ailleurs; grâce à la direction d'acteurs efficace de Philippe Sireuil, ils forment un groupe homogène où chacun a son moment de mise en valeur.

La scénographie de Vincent Lemaire est un précieux appoint; elle est inventive sans excès: simples tulles, lamelles en panneaux translucides, et la vidéo de Stefano Serra est employée avec modération et justesse. L'imagination toujours fertile de la costumière Catherine Somers se donne libre cours... 

Deux "bonnes" heures ne lassent pas le spectateur bien que toutes ces séquences ne soient pas du même niveau de qualité. Peut-être eut-il fallu réfréner quelque peu la plume avisée mais féconde de l'auteur. Exemples: les trois soliloques de la séquence (désincarnée):"La Sainte Famille". Celle des "Parques", truculente, aurait, elle aussi, gagné à plus de concision mais toutes les autres sont magistrales et la dernière, justement nommée "Discordes", replonge le spectateur dans la réalité des groupes de discussion autour de sujets "bateau": mixité (le fameux "vivre ensemble"), terrorisme, Peur, amalgames et stigmatisations abusives, sécurité... Elle est a contrario de la première où les mêmes acteurs/trices chantaient tous à l'unisson le "Bruxelles ma belle" de Dick Annegarn, réunis d'abord dans, par, le malheur, revenant à leurs opinions contrastées et divergentes ensuite.

Rien que par des voix (plusieurs langues), des mots (en français), sur un écran, la séquence suivante:"Litanies des vies interrompues", était le seul rappel direct des évènements, évoquant intelligemment toutes ces conversations banales inachevées, ces vies restées en suspens ou brisées.

"Non, pas de morale. On ne veut pas faire les malins"(J.M.Piemme)

Cependant, cette sorte de fresque, ce "patchwork kaléidoscopique", laisse un peu une impression de froideur car le rôle des politiciens, de la police, des médias... est souvent mis en question négativement ou avec ironie.

Certains spectateurs ont regretté que, mis à part quelques très brefs moments, si rares soient les éléments positifs. Par exemple que ne soit pas évoquée l'action des secours, des soignants reconnus ou anonymes, de ce "phénomène" qui fait surgir la solidarité en milieu de crise... Le sort des "victimes" englobées dans une même collectivité est celle des morts à "l'Appel" d'une étrange et drôlatique créature...

Jean-Marie Piemme est l'un des auteurs belges parmi les plus prolixes et une vieille complicité existe entre lui et Philippe Sireuil, actuel directeur artistique du Théâtre des Martyrs. Rappelons qu'il se fit surtout connaître par ce qui fut un gros succès: "Dialogue d'un chien avec son maître sur la nécessité de mordre ses amis", parmi une oeuvre éclectique et imposante

Bruxelles - Belgique Du 09/03/2018 au 31/03/2018 à Les Ma et Sa: 19h - les Me, Je,Ve: 20h15 - le Di 25/03: 16h Théâtre des Martyrs 22 place des Martyrs, Bruxelles Téléphone : +32 (0)2 223 32 08. Site du théâtre Réserver  

Bruxelles, printemps noir

de Jean-Marie Piemme

Théâtre
Mise en scène : Philippe Sireuil
 
Avec : Frank Arnaudon, France Bastoen, Jean-Pierre Baudson, Isabelle De Beir, Dolorès Delahaut, Sophie Delogne, Patrick Donnay, Itsik Elbaz, Soufian El Boubsi, Maude Fillon, Janine Godinas, Ben Hamidou, Agathe Hauser, Antoine Herbulot, Daniel Jeanloz, Charlotte Leblé, Stéphane Ledune, Fabrice Rodriguez, Laurent Tisseyre.

Assistanat: Delphine Peraya
Scénographie: Vincent Lemaire
Vidéo: Stefano Serra
Lumière: Benoît Théron
Décor sonore: Geoffrey Sorgius
Coaching vocal: Daphné D’Heur
Costumes: Catherine Somers - Assistanat: Pauline Miguet - Habilleuse: Anicia Echevarria
Création maquillages: Zaza Da Fonseca - Maquillages: Djennifer Merdjan assistée de Lara Correia et Ambre Machtelinckx
Création accessoires: Ségolène Denis, Anne Marcq
Régie générale: Antoine Halsberghe - Régie: Nicola Pavoni - Régie plateau: Justine Hautenauve, Ralf Nonn

Durée : 2h10 Photo : © Alice Piemme  

Création: La Servante/Théâtre en Liberté
Coproduction: La Servante/Théâtre en Liberté/Théâtre National Wallonie-Bruxelles/Compagnie Biloxi 48/La Coop/Les teintureries-Ecole de Théâtre.
Soutiens: Centre des Arts Scéniques, Fédération Wallonie-Bruxelles, l’Askéné, Shelterprod, taxshelter.be, ING et du Tax-Shelter du Gouvernement fédéral belge.