Noël TINAZZI Paris
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Publié le 12 mars 2018
Mis en scène par Declan Donnellan, « Périclès, Prince de Tyr », comédie du dernier Shakespeare, se déroule tout entière dans une chambre d’hôpital. Et dans la tête du héros en bout de course, incarné par Christophe Grégoire en grande forme.

Crise aigüe de délire paranoïaque ou démence de fin de vie ? Lorsque se lève le rideau sur  une chambre d’hôpital au Théâtre des Gémeaux on craint le pire.  On craint pour le spectacle qui s’annonce comme une de ces énièmes actualisations absconses et parfaitement rebutantes d’une pièce ressurgie du répertoire par un metteur en scène en mal de nouveauté. Et pour le patient qui gît immobile dans ce lit étriqué autour duquel s’agitent infirmiers et doctoresse et dont on ne donne pas cher. A ce stade on n’est pas certain de la nécessité de remonter « Périclès, prince de Tyr » (1608), comédie rare de la fin de la carrière de Shakespeare, dont on n’est pas tout-à-fait sûr qu’elle soit de sa seule main. 

Habitué du théâtre de Sceaux, le britannique Declan Donnellan signe sa première création de Shakespeare en langue française, pièce qui complète son cycle présenté aux Gémeaux des romances tardives du dramaturge anglais, dont les plus fameuses sont La Tempête (2011) et Le Conte d’hiver (2015). S’il n’a rien à voir avec le grand dirigeant d’Athènes à son apogée, le Périclès en question n’en est pas moins un fameux aventurier, un Ulysse sans Homère qui vécut quinze années d’errances échevelées à travers la Méditerranée, marquées par moult naufrages, incestes, duels, innombrables rencontres et un mariage avec une fille de roi, Thaïsa. Mariage qui tourne court : Thaïsa meurt sur un navire en pleine tempête en mettant au monde une petite fille, bien nommée Marina. A son tour celle-ci va connaître mille avanies : enlevée par des pirates elle finit pensionnaire d'un bordel de Mytilène. Mais tout est bien qui finit bien et grâce à l’intervention de la déesse Diane en personne, les méchants périssent et Périclès retrouve fille et épouse dans une apothéose de pathos consolateur.

Tempête sous un crâne fêlé

Le récit picaresque dont, au temps de sa création, les aventures servaient de prétexte à intermèdes dansés, chantés ou joués, ressemble ici à un tempête sous un crâne fêlé. Donnellan a supprimé le personnage du narrateur et resserré le spectacle en une heure quarante dans un décor unique, donc, et avec une troupe de sept comédiens qui jouent plusieurs rôles. Dont le personnage principal campé par Christophe Grégoire qui tel un sphinx toujours renaissant incarne aussi bien Périclès en bout de course que le Gouverneur de Tharse ou que le mafieux patron du bordel où est enfermée sa fille.

Si, au démarrage, la mayonnaise tarde un peu à prendre, le spectacle finit néanmoins par nous embarquer (à défaut de nous emballer) dans le sillage de cet homme déboussolé qui nous touche pour avoir perdu tous ses repères, y compris les plus basiques, à savoir ceux de l’espace et du temps. A sa hauteur,  la délicieuse Valentine Catzéflis incarne sa fille Marina et lui donne la réplique dans une des plus bouleversantes scènes de retrouvailles que le théâtre puisse nous offrir.

Périclès, Prince de Tyr
Sceaux Du 07/03/2018 au 25/03/2018 à 20h45 Les gémeaux 49, Avenue Georges Clemenceau 92330 Sceaux Téléphone : 01 46 60 05 64.

Le dimanche à 17h

Tournée

Du 28 au 30 mars : Maison des Arts de Créteil
Du 6 au 21 avril : Barbican Centre, Londres (UK)
Du 24 au 18 avril : Oxford Playhouse, Oxford (UK)
Du 3 et 4 mai : Théâtre de l’Archipel, Perpignan
Du 15 au 19 mai : Théâtre du Nord, Lille
Du 30 mai au 6 juin 2018 : Centro Dramatico Nacional, Madirid (Espagne)

Réserver  

Périclès, Prince de Tyr

de William Shakespeare

Théâtre
Mise en scène : Declan Donnellan
 
Avec : Christophe Grégoire, Camille Cayol, Xavier Boiffier, Cécile Leterme, Valentine Catzéflis, Guillaume Pottier, Martin Nikonoff

Scénographie : Nick Ormerod
Habilleuse : Marie Aguilar
Régie lumière : Vincent Gabriel
Régie générale : André Néri
Création lumière : Pascal Noël
Régie plateau :
Lucile Quinton
Création et régie son : Kenan Trevien

Durée : 1h40 Photo : © Patrick Baldwin