Cécile STROUK Bordeaux
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Publié le 28 janvier 2018
15ème édition pour le "festival 30/30" en Nouvelle Aquitaine. 10 jours de formes courtes articulées autour de la danse, du cirque et de la performance. Récit d’un voyage de presse express et chorégraphique.

Lorsque nous arrivons en fin de journée jeudi après 2h expéditives de train, Bordeaux est pluvieux. Magali, l’attachée de presse, nous rassure toutefois en indiquant quelques éclaircies à venir. Si nous ne verrons pas ces puits de lumière (départ le lendemain à 9h), nous en sommes toutefois ravis au vu du programme du week-end : le festival 30/30 prévoit des parcours dans la ville de Bordeaux et ses environs à la découverte de lieux culturels emblématiques (Glob Théâtre, Halle des Chartrons, Marché de Lerme) et de rencontres artistiques performatives voire radicales.

Alors que le festival a déjà débuté à Boulazac et Cognac, nous atterrissons donc à Bordeaux pour l’inauguration, à la Manufacture CDCN précisément. Un espace ouvert et accueillant, spécialisé dans « la danse et autres langages ». Après avoir salué Jean-Luc Terrade, le directeur du festival, nous débutons ce parcours en huis-clos par une dégustation d’un vin rouge tout à fait divin, un Montbazillac bio produit par le Château Grande Maison. Au détour de nos déambulations, nous tombons sur une librairie nomade proposant une sélection d’ouvrages dédiés à la danse et à la performance, Books and the move.

À un peu plus de 20h, les portes du théâtre s’ouvrent à un public de 200 personnes hétérogène et transgénérationnel, pour la première représentation de la soirée : Mahalli, une performance chorégraphique de 30 minutes proposée par Danya Hammoud. Un « seul en corps » dont la délicatesse tient à la grâce des mouvements autant qu’à leur retenue. Sur une musique électronique lancinante, l’artiste, vêtue d’une seule robe noire échancrée au dos, prend le temps de nous montrer ce corps qu’elle semble apprivoiser, qui semble lui échapper, qui semble se censurer, et parfois seulement se libérer. Colère, sourire et frustration émergent de cette proposition qui modifie l’état de conscience pour nous emmener hors de notre réalité. 

Le train du 30/30 express

Encore un peu hypnotisés, nous nous dirigeons vers un bar déjà plein pour déguster une assiette « Coquelicot » préparée par l’association éponyme : rillettes de thon, chèvre chaud sur salade, soupe aux graines de courge, cake aux légumes. Un doux et bref régal nourri d’exégèses sur la femme, sa place, sa beauté et sa sensualité.

Vers 21h30 débute la seconde performance, Rafales. Cette fois, un trio : deux danseurs et un régisseur sur le côté d’un plateau quasi-nu. Si ce n’est la présence de ce ventilateur imposant qui souffle à divers degrés d’intensité dans un long sac en plastique blanc. Au départ trivial, l’objet est sublimé, dès les premiers instants, en ondulations irrégulières et oniriques. La pièce débute autour de cet élément que l’homme dirige vers la femme, puis inversement avant de devenir plus anecdotique dès lors que ce couple se rencontre. Ils semblent d’abord se chercher, tentative de connexion timide avec des doigts qui s’effleurent à peine, puis se trouver dans un lien bicéphale où leurs têtes ne se lâchent plus alors même qu’ils occupent l’ensemble de la salle.

La fusion est complète, belle mais éprouvante pour le corps et l’esprit. Créée par l’ingénieux Florent Colautti, la musique acousmatique porte avec subtilité ces âmes amoureusement ravagées. Les corps finissent par se séparer dans des tressaillements douloureux : leurs gestes ne se synchronisent plus, comme si la rupture était inexorable. Lorsque l’on interroge Benjamin Bertrand, chorégraphe et danseur, lors du dîner ensuite organisé avec les artistes, il évoque en effet l’idée d’une séparation. Comme si le désir était trop sauvage, trop exclusif pour durer. D’ailleurs, il décrit ce sac ondulatoire comme un drapé-désir fluctuant, en référence à tous ces « mouvements émouvants » et « poursuites érotiques » qui ont toujours porté le monde des images (ndlr : voir ouvrage Ninfa fluida, de Georges Dibi-Huberman.

La soirée s’achève sur des échanges intimes et arrosées autour de l’art et autres choses légères. Nous rentrons à Paris trop vite, avec toutefois la certitude que ce festival ne peut que faire bouger les consciences. 

Le train du 30/30 express