Peer Gynt
Noël TINAZZI Paris
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Publié le 29 janvier 2018
David Bobée met en scène « Peer Gynt » d’Ibsen comme une ballade fantastique, débordant d’imagination. Radouan Leflahi incarne le feu follet avec une énergie sans faille.

David Bobée n’a pas son pareil pour créer de formidables ambiances de plateau. Et convoquer tous les arts de la scène, du cirque, de la danse, de la farce, de la pantomime… pour concevoir un spectacle total sur les grands sujets du répertoire, Hamlet, Ovide, Lucrèce Borgia. Cette fois, il s’attaque au très coriace feu follet Peer Gynt en saupoudrant la représentation de musique folk servie par un guitariste-chanteur (Butch McKoy) qui, à gauche de la scène, égrène ses ballades intermittentes et mélancoliques qui tirent un peu la pièce en longueur.

Le spectacle est une véritable performance dans tous les sens du terme, y compris et surtout pour son acteur principal, Radouan Leflahi, dont l’énergie sans faille tient la distance de cette immense saga qu’est Peer Gynt. Publiée en 1867, la pièce d’Ibsen retrace non seulement l’épopée d’un personnage en quête de soi mais convoque tout un imaginaire de légendes et de mythes nordiques, de figures truculentes autant qu’inquiétantes, de trolls maléfiques et d’elfes merveilleux qui nous font voyager comme jamais. Formée d’une troupe bigarrée d’acteurs aux multiples talents et aux personnalités bien affirmées, la production compose une revue haute en couleurs et pleine d’imagination.

En plus de trois heures, le personnage de Peer Gynt, insaisissable et insatiable, menteur et coureur, avide de pouvoir et cœur d’artichaut, parcourt tel un météore une parabole d’une cinquantaine d’années. Parabole qui le mène de l’adolescence arrogante à la panique devant la mort qui le soumettra au sort commun. Sans jamais cesser d’essayer toutes sortes de solutions qui n’aboutissent jamais à rien sinon à échapper à toute contrainte. Ce qui, après tout, n’est pas si mal. Rien ne lui est jamais acquis aussi vit-il dans un univers toujours précaire que réussit à symboliser merveilleusement la scénographie : une fête foraine abandonnée avec ses manèges désossés éparpillés autour d’une roulotte, la coquille de l’éternel errant. Et au fond, une énorme tête de clown renversée, sorte d’idole piteuse, d’allégorie de l’échec auquel se heurte sans cesse celui qui voudrait tant être un héros et qui n’est qu’un raté. Mais un raté sublime.

Dans son abondante note d’intention David Bobée insiste - parfois lourdement - sur le parallèle entre le monde de Peer Gynt et le nôtre, ultra-libéral et capitaliste, qu’il nomme « un trompe-l’œil à l’usage des dominants ». Disons le tout net, cette vision très politique n’est pas ce qui nous intéresse le plus dans sa version de la pièce d’Ibsen. Ainsi le passage sur le marchand d’esclaves avec son décor très plat de mappemonde et ses personnages en hommes d’affaires et executive women façon Wall Street ne nous convainc pas.

Pluie d'ailes d'ange

Ce qui nous intéresse le plus, ce sont les moments de poésie. Ceux notamment qui ont trait aux amours de Peer Gynt, ses vrais amours, pas ses conquêtes sans lendemain de Don Juan à la manque. Ses vrais amours, donc, qu’il vit comme des faiblesses, comme des pentes irrésistibles sur lesquelles il roule sans cesse. Amour de la mère (formidable Catherine Dewitt) vers laquelle il revient toujours et dont il accompagne la mort dans une scène d’une absolue tendresse. Amour de la blonde Solveig (délicieuse Lou Valentini), celle qui a su le retenir dès l’âge tendre et qui, du haut de sa roulotte, auréole sa fin d’une pluie d’ailes d’ange. 

Mais rien n’égale la force de la scène finale : celle où le vagabond au seuil de la mort tente dans un ballet désespéré d’échapper aux griffes du « Fondeur de boutons » (Jérôme Bidaux). Cette sorte de diable s’empare de la pâte humaine des mourants et la fond dans un chaudron géant dont elle ressort sous forme de boutons tous pareils.  Autant dire l’horreur absolue pour Peer Gynt qui n’y coupera pourtant pas.

Sceaux Du 25/01/2018 au 04/02/2018 à 20h Les gémeaux 49, Avenue Georges Clemenceau 92330 Sceaux Téléphone : 01 46 60 05 64.

Les 8 et 9 février 2018 au Théâtre des Salins - Martigues
Le 16 février 2018 à L’Avant-Scène - Colombes
Les 21 et 22 février 2018 à la Scène Nationale 61 - Flers
Les 8 et 9 mars 2018 au Carré Colonne - Saint-Médard-en-Jalles
Les 20 et 21 mars 2018 à La Passerelle - Saint-Brieuc
Le 19 avril 2018 aux Scènes du Golfe – Vannes

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Peer Gynt

de Henrik Ibsen

Théâtre
Mise en scène : David Bobée
 
Avec : Clémence Ardoin, Jérôme Bidaux, Pierre Cartonnet, Amira Chebli, Catherine Dewitt, Radouan Leflahi, Thierry Mettetal, Grégori Miège, Marius Moguiba, Lou Valentini

Traduction : François Regnault
Dramaturgie : Catherine Dewitt
Assistante à la mise en scène : Sophie Colleu
Scénographie : David Bobée et Aurélie Lemaignen

Durée : 3h20 Photo : © Arnaud Bertereau