Noël TINAZZI Paris
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Publié le 11 décembre 2017
Le Théâtre de Chaillot donne « La Fresque », conte chorégraphique inspiré à Angelin Preljocaj par un récit chinois ancien. Une plongée fascinante dans le monde des images et du fantasme.

Onirique, fascinante dans son sujet comme sa forme, « La Fresque » répond à une commande en 2016 d’Emmanuel Demarcy Motta, patron du Théâtre de la Ville, de créer un ballet pour le jeune public. En fait, non seulement la demande du Théâtre (délocalisé pour travaux au Palais de Chaillot) aboutit à une pièce qui séduit tous les âges mais, en plus, elle permet au chorégraphe d’aborder le thème très actuel de la réalité virtuelle. Initiatique, le spectacle oscille entre le sublime et le trivial, entre le sensuel et le grotesque, et peut se recevoir à plusieurs niveaux, comme un conte ludique ressurgi de l’enfance ou via le prisme des mythes de la caverne, de Platon, ou de celui d’Orphée.

« La Fresque » est inspirée d’un conte chinois du XIIIème siècle, « La Peinture sur le mur ». Un jeune homme et son camarade, réfugiés dans une caverne pendant une tempête, sont conduits par des moines vers une peinture murale cachée, représentant des jeunes filles en train de danser. Elles ont les cheveux lâchés, symbole en Chine de femme non mariée.  Perdu dans la contemplation de cet arrêt sur image sublime, le garçon tombe éperdument amoureux de l’une d’elles. Il est alors happé par la fresque à travers laquelle il passe, entraîné dans un espace-temps différent. De cet âge d’or ou de ce paradis, il sera violemment chassé par un diable à trois têtes et six membres qui remettra les êtres et les mondes à leur place.

Très abouti, le spectacle bénéficie du savoir-faire d'une phalange de créateurs avec qui Preljocaj a déjà eu l’occasion de travailler : le grand couturier Azzedine Alaïa, qui signe des costumes sobres et fluides, le musicien Nicolas Godin, du duo Air, qui conçoit une musique électro-fusion mêlant synthés, guitares rock, violons et saxos, la designer Constance Guisset et  Eric Soyer pour les lumières.

Cheveux fantasmes

Si la narration n’est pas toujours limpide, la scénographie compose de très beaux tableaux sur fond noir, avec un jeu de panneaux coulissants à l’asiatique qui cadrent les personnages comme des focales. Des projections de vidéos luminescentes laissent le champ libre à l’imagination, évoquant des cheveux d’anges qui tombent avec grâce; à moins que ce ne soit des lianes ou des volutes de fumée d’opium, ou encore des méduses ondulant dans les profondeurs de l’inconscient. Omniprésents dans la pièce, les cheveux des femmes, sont objets de désir et de jeu, l’un ne se concevant pas sans l’autre. Cheveux réels tombant des cintres et cheveux fantasmes après quoi les hommes s'accrochent et s’élancent vers le (septième) ciel.

Variée dans ses formes et ses vitesses d’exécution, la pièce très équilibrée entre dix danseurs (cinq de chaque sexe) enchaîne pas-de-deux ensorcelants et ensembles très toniques. Une vraie incursion dans le merveilleux, à prendre dans tous les sens du terme.

La Fresque
Paris Du 07/12/2017 au 22/12/2017 à 20h30 Théatre national de Chaillot 1, Place du Trocadéro 75116 Paris Téléphone : 01 53 65 30 00.. Site du théâtre

Dilmanche à 15h30

Réserver  

La Fresque

de Angelin Preljocaj

Danse
Mise en scène : Angelin Preljocaj
 
Avec : Mirea Delogu, Clara Freschel, Nuriya Nagimova, Anna Tatarova, Yurié Tsugawa, Marius Delcourt, Antoine Dubois, Víctor Mártinez Cáliz, Fran Sanchez, Jean-Charles Jousni / Leonardo Cremaschi

Musique : Nicolas Godin

Costumes : Azzedine Alaïa

Décors, vidéos : Constance Guisset Studio

Lumières : Eric Soyer

Choréologue : Dany Lévêque

Durée : 1h20 Photo : © Jean-Claude Carbone