Noël TINAZZI Paris
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Publié le 5 décembre 2017
A la Bastille, la mise en scène de l’opéra de Puccini « La Bohème » déconstruit le mythe de la vie d’artistes dans le Paris des années romantiques. Seule la direction musicale parvient à donner un peu d’émotion au spectacle d’une froideur sépulcrale.

Surprise au lever de rideau de l’Opéra Bastille où se donne une nouvelle production de « La Bohème », opéra romantique en diable de Puccini (1896). Nous sommes dans un vaisseau spatial en perdition. Un texte projeté en surtitre précise :   « Jour 126… expédition en péril… perdu le cap… vie suspendue aux dernières réserves d’oxygène … faisons resurgir le temps depuis longtemps révolu… ».  Les toits de Paris et la troupe d’artistes faméliques qui vit au jour le jour dans des mansardes glacées ont fait place à la remémoration de ces temps heureux par des hommes au seuil de la mort, au souvenir désincarné de leur jeunesse.

La mise en scène de Claus Guth tient dans ce flash-back où se télescopent les époques et les personnes. Dans cette froide déconstruction du mythe du Paris bohème des années romantiques, le mélo musical de Puccini, traversé de grands airs sublimes, porteurs d’émotion, se perd dans un vide sidéral de science-fiction.

Le froid de la mort baigne toute la représentation de l’opéra en quatre tableaux, dont le livret, en italien surtitré, est adapté des « Scènes de la vie de Bohème », roman-feuilleton de Henri Murger paru dans les années 1850. Au centre de l’intrigue, la figure de Mimi, cousette fragile, guettée par la phtisie, qui voue à son amant Rodolfo, poète, un amour inconditionnel. A défaut de pouvoir offrir des soins à Mimi, Rodolfo préfère la séparation afin de laisser la jeune fille trouver un riche protecteur. Ce qui n’empêche pas la mort de la pauvrette. 

A ce couple tragique fait pendant un couple plus pittoresque formé par le peintre Marcello et la coquette Musette, croqueuse d’hommes au grand cœur. Et toute un cohorte de personnages secondaires, emblématiques du Paris bigarré du milieu du XIXème siècle : Colline, le philosophe, Schaunard, le musicien, et autres camelots et prestidigitateurs, personnages hauts en couleur qui sur la scène de la Bastille ont perdu leur vitalité et forment un morne cortège funèbre.

 

Bulles séparées

Dans le vaisseau spatial de plus en plus en difficulté, les êtres, réels ou fantasmés, sont dans des bulles séparées, sans jamais se toucher. Renversement inouï de perspective, ce n’est pas à la mort de Mimi qu’on assiste mais à celle de Rodolfo et de ses confrères cosmonautes dans un désert lunaire glacé que les interprètes tentent de réchauffer. D’ailleurs Mimi ne meurt pas, elle se transforme en statue de la Vierge Marie aux bras chargés de lys puis en icône de la passion désignant du doigt au finale une voie céleste mystérieuse, inaccessible.

Officiant pour la première fois à l'Opéra de Paris, le jeune chef vénézuélien Gustavo Dudamel, l’un des plus en vue du moment, insuffle à l’Orchestre et aux chœurs le lyrisme dont est porteuse la musique Puccini. Mais la direction est appelé à changer au cours des représentations qui vont s’échelonner jusqu’au 31 décembre. De même, les solistes qui interprètent les rôles principaux. Ceux que nous avons vus, la soprano australienne Nicole Car (Mimi) et le ténor brésilien Atalla Ayan (Rodolfo), honnêtes chanteurs, ont du mal à faire croire à leur amour et à traverser le glacis que la mise en scène place entre eux.

La Bohème
Paris Du 01/12/2017 au 31/12/2017 à 19h30 Opéra Bastille 130, rue de Lyon Téléphone : 08 92 89 90 90. Site du théâtre Réserver  

La Bohème

de Giacomo Puccini

Opéra
Mise en scène : Claus Guth
 
Avec : Nicole Car, Aida Garifullina, Atalla Ayan, Artur Ruciński, Alessio Arduini, Roberto Tagliavini, Marc Labonnette, Antonel Boldan

Direction musicale : Gustavo Dudamel
Décors : Étienne Pluss
Costumes : Eva Dessecker
Lumières : Fabrice Kebour
Vidéo : Arian Andiel
Chorégraphie : Teresa Rotemberg
Dramaturgie : Yvonne Gebauer
Chef des chœurs : José Luis Basso

Durée : 2h30 Photo : © Bernd Uhlig