Noël TINAZZI Paris
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Publié le 4 décembre 2017
En deux soirées en alternance à l’Athénée Philippe Caubère fait ses adieux à son personnage favori de Ferdinand, son double. Des solos toujours aussi drôles et débordant de vitalité.

Adieu de Philippe Caubère à la scène ? Que nenni. Plutôt un adieu à Ferdinand, ce personnage qui n’est autre que lui même et dans la peau duquel l’acteur auteur infatigable se glisse depuis les années soixante-dix. Il le définit lui-même comme un « adolescent attardé, isolé, chéri », inspiré du Céline de « Mort à crédit », doté du « prénom familier, fatidique et chargé ».  En attendant cette rupture définitive avec son double, Caubère compose un spectacle formé de trois séquences inédites de son « Roman d’un acteur » qu’il n’avait pu développer jusqu’ici. C’est un adieu en deux épisodes, deux soirées en alternance dans son théâtre parisien favori de L’Athénée. Avec pour tout décor une chaise et pour toute ressource une énergie sidérante qui ne fait jamais défaut à l’acteur de 67 ans.

La première soirée, intitulée « Clémence », se déroule en deux parties distinctes où la compagne de l’acteur tient le second rôle, qu’il interprète aussi lui-même d’une voix de fausset et d’une mimique éternellement boudeuse, le pouce vissé à la bouche. C’est le récit burlesque de la première tromperie, son incartade sexuelle avec une comédienne du Théâtre du Soleil pendant la création de « L’âge d’or », en 1975. Une comédienne d’origine arabe aux formes plantureuses qui font fantasmer le jeune Ferdinand et l’incitent au passage à l’acte. Cette femme, qu’il compare à une baleine, a non seulement le don d’exciter au plus haut point l’acteur mais aussi d’ouvrir son imagination : il se voit en personnage de « Moby Dick » en train de chevaucher ladite baleine !

Mais avant d’arriver à cette fin encore lui faut-il convaincre Clémence qu’il ne s’agit pas d’une trahison mais d’une simple passade sans conséquence, en vertu du pacte de liberté et de sincérité qu’ils avaient dûment signé devant témoins à la Cartoucherie.  Bien entendu, Clémence ne veut rien entendre, elle est tout simplement affreusement malheureuse de voir son compagnon partir s’éclater avec une autre femme. A force de contorsions et d’argumentations, Ferdinand, déployant des trésors de rhétorique (et de mauvaise foi), finira par se libérer de ses scrupules et rejoindre sa baleine dans son antre pittoresque. Il ne sera pas débarrassé de sa mauvaise conscience pour autant, car Clémence (ou son spectre) s’invitera dans la pièce même où va se dérouler avec force bruitages la partie torride et hilarante de sexe effréné.

Chairs étalées

A peine le temps de souffler et Caubère se lance dans la deuxième séquence de cette première soirée, intitulée « Le camp naturiste ». Cette fois il s’agit du voyage en compagnie de Clémence et de son frère au camp naturiste de Montalivet, en Gironde. Une idée de Clémence pour lui faire oublier le bide à Avignon de « Lorenzaccio » (en 1979) en compagnie d’une troupe d’acteurs belges avec qui cela s’est mal passé. Et déjà le voyage interminable à l’arrière de la mini Austin - vraiment très mini - conduite par le frère peu disert est en soi toute une épopée drolatique.

Mais le summum est atteint lors de l’arrivée au camp, qui ressemble à s’y méprendre à un camp de concentration nazi. Voir toutes ces chairs étalées sous son nez ne laisse pas d’étonner Ferdinand, qui ne se promène jamais tout nu (même la nuit, il porte un pyjama !). Et la chose se corse encore, lors de la rencontre avec les voisins de bungalow dont les visées partouzardes ne tardent pas à se déclarer. Drôle mais un peu étiré, le spectacle gagnerait à être resserré.

En alternance et indépendante de la première, la deuxième soirée de ces adieux, intitulée « le Casino de Namur », fera se retrouver l’ami Bruno, pilier du « Roman d’un acteur », et Ferdinand, en rade dans les champs de betteraves de la Belgique. Ils seront tous deux entraînés par la famille Pétrieux, gros joueurs, au casino de Namur où ils leur communiqueront leurs vice.

Adieu Ferdinand
Paris Du 02/12/2017 au 14/01/2018 à 20h Théâtre de l'Athénée-Louis Jouvet 7 rue Boudreau 75009 Paris Téléphone : 01 53 05 19 19. Site du théâtre

Le mardi à 19h, les mercredi, vendredi, samedi à 20h, dimanche à 16h

Tournée

2 et 3 mars : Salle Gérard Philipe, Bonneuil-sur-Marne
6 et 7 mars : Maison de la culture, Nevers
16 et 17 mars : Théâtre de l'Archipel, Perpignan
21 et 22 mars : Théâtre Molière, Pézenas
Du 27 mars au 7 avril : Théâtre du Gymnase, Marseille
12 et 13 avril : Théâtre Jean Vilar, Suresnes
20 et 21 avril : Théâtre Liberté, Toulon

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Adieu Ferdinand

de Philippe Caubère

Théâtre
Mise en scène : Philippe Caubère
 
Avec : Philippe Caubère

Assistant à l'écriture : Roger Goffinet
Lumière : Claire Charliot
Son : Mathieu Faedda

Durée : 2h15 Photo : © Michèle Laurent