Noël TINAZZI Paris
Contact
Publié le 25 octobre 2017
Pour son ultime spectacle, « Ex Anima », Bartabas libère les chevaux, seuls au centre la piste. Une cérémonie hypnotique où se célèbre le culte des équidés.

Consécration en apothéose pour les chevaux de Zingaro qui après plus de trente ans de bons et loyaux services dans son théâtre équestre tiennent le haut de l’affiche, seuls acteurs véritables de son dernier spectacle. « Ex Anima » un titre un peu pompeux comme en raffole Bartabas, c'est-à-dire « venant de l’âme », souffle puissant, principe originel de toute genèse.

Le spectacle s’annonce comme « ultime », car avoue-t-il, « que puis-je faire après ? ». Que faire en effet après cette cérémonie où l’humain s’efface pour laisser toute la place aux chevaux. L’un d’entre eux est d’ailleurs hissé au sommet du chapiteau où se déroule le rite devant l’assistance extatique. « A notre tour de les servir », proclame Bartabas, « d’emmener les spectateurs au plus près des chevaux, de ce qu’ils sont vraiment quand ils ne sont pas en représentation ».

Donc, pas de cavalier(e), d’écuyer(e), ni de voltigeur(se) sur la piste du Fort d’Aubervilliers, mais des servants à pied qui dans l’ombre accompagnent les chevaux, les vraies vedettes, éblouissantes sous les feux des sunlights. Vêtus de longues tuniques sombres, le visage surmonté d’un petit chignon à la japonaise, ces humains indéfinissables, interchangeables, restent dans l’ombre, officiants anonymes du culte équidé.

Fruits d’une « composition autour du souffle », la musique et les bruitages  contribuent pour beaucoup au rituel. Cris et chants d’animaux (grenouilles, oiseaux…) et musique d’instruments à vents ancestraux, notamment des flûtes venues des quatre coins du monde, de Chine, d’Irlande, d’Inde ou du Japon, accompagnent et entraînent les numéros qui se succèdent à bon rythme.

Temps flottant

S’il est la récompense d’un long apprentissage quotidien, laisser les chevaux seuls en piste suppose une grande confiance de la part de Bartabas qui proclame « les chevaux sont mes maîtres ». Cela suppose aussi une part d’impondérable, les animaux étant (presque) livrés à eux-mêmes sans garde-fou ni cavalier pour les guider. Juste discrètement gratifiés d'une friandise au terme de chaque numéro.

Au fil des séquences, les équidés s’ébrouent, se font des niches, se draguent, se mordillent, se roulent dans la poussière, cavalcadent, accomplissent des prouesses… Ou tout simplement prennent leurs aises, se laissent aller à leur caprice ou à leur paresse naturelle. D’où parfois une impression de temps flottant, certains numéros s’étirant en longueur où il ne se passe rien dans des lueurs d’aube ou de crépuscule nimbées de brumes.

Du spectacle, il subsiste pourtant quelques images chocs. Tels ces chevaux affublés d’un masque à gaz comme en portaient ceux qui ont servi à la guerre de 14-18 et ont, eux aussi, payé leur lourd tribut à la folie des hommes. Ou encore ce magnifique pur-sang caracolant avec grâce autour d’une affreuse figure humaine figée dans des oripeaux d’épouvantail. Ultimement, chez Bartabas, les humains n’ont pas la part belle !

Ex Anima
Aubervilliers Du 17/10/2017 au 31/10/2017 à 20h30 Fort d'Aubervilliers 176, avenue Jean Jaurès Téléphone : 01 48 39 18 03. Site du théâtre

Dimanche à 17h30

Réserver  

Ex Anima

de Bartabas

Théâtre équestre Théâtre
Mise en scène : Bartabas
 
Avec : Equipe du Théâtre équestre Zingaro

Musique Originale : François Marillier, Véronique Piron, Jean-Luc Thomas, Wang Li

Durée : 1h30 Photo : © Marion Tubiana