Cécile STROUK Roanne
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Publié le 19 octobre 2017
Qui l’eût cru ? Nous en sommes déjà à notre troisième voyage dans la Loire, un département décidément très séduisant qui mêle avec brio et inventivité quatre domaines essentiels à notre bien-être : nature, gastronomie, histoire et culture.

Nous prenons le train en marche de ce troisième voyage de presse dans la Loire. Arrivés le lendemain du début des festivités, nous atterrissons directement à Ouches pour découvrir la Maison Troisgros. « Maison » est un bien grand euphémisme pour ce vaste domaine qui a ouvert ses portes au premier trimestre 2017.

Les saveurs Troisgros

Pour celles et ceux qui ne sourcillent pas devant ce nom pour le moins singulier, sachez qu’il s’agit là d’une prestigieuse lignée familiale de restaurateurs étoilés - 3* au Guide Michelin précieusement gagnées et conservées. Trois générations représentées à ce jour pour le magnanime Michel Troisgros, chef cuisto de cette luxueuse institution. À ses côtés, son fils César, à la tête d’une spacieuse et lumineuse cuisine volontairement décloisonnée pour permettre l’échange et la transparence ; et Marie-Pierre, sa femme, main de fer dans un gant de velours à l’origine de la quintessence de ce domaine de 17 hectares.

D’abord, le gite composé de quelques dizaines de chambres au style boisé et coloré. Ensuite, le manoir puis la ferme. Un régal sensoriel et visuel couronné par la dégustation d’un vin issu de la cuvée des Troisgros (Chardonnay) et de quelques mises en bouche délicates. Ce plaisir gustatif se poursuit au Central (bistrot de la Maison Troisgros), en plein cœur de Roanne dans un ancien hôtel des années 1920. Nouvelle mise en bouche : œuf mimosa avalé à la main avec une croustillante tranche de pain bio, saumon mi-cuit et épinards frais, dariole au chocolat noir coulant (spécialité locale).

Sur les traces de Saint-Jean-Saint-Maurice

Rassasiés, nous foulons les terres de Saint-Jean-Saint Maurice, "village de caractère" de 11 000 habitants consacrés aux métiers de l’art : poterie, porcelaine, costume, art textile, peinture sur soie. Plusieurs artistes ont installé là des ateliers perchés dans les hauteurs de ce village médiéval distingué par un Donjon. Une réunion de passionné-e-s dont le travail est mis à l’honneur lors de la « Biennale des Bijoutiers Créateurs » qui attirent plus de 3000 visiteurs. Petite pause de circonstance dans ce programme déjà bien chargé avant de nous rendre à la boutique « Terroirs » située dans le centre historique de Roanne : Jean-Jacques Banchet, ancien sommelier de la Maison Troisgros, nous accueille avec bonhommie et érudition pour nous proposer à la dégustation 4 vins à la saveur équilibrée, certains de la côte-roannaise et d'autres de pays d’Urfé.

Plaisir multi-dimensionnel

Wilkommen au cabaret

Dans le cadre de « Roanne Table Ouverte » - festival incontournable de la vie gastronomique du territoire - nous sommes invités le soir à l’hôtel de ville de Roanne. L’accueil donne le ton : un hôte clame avec tonitruance le nom de chaque convive immédiatement servie d’un verre de champagne. Une femme, toute de blanc vêtue, fait alors son entrée, fendant la foule. Elle monte sur une petite scène installée à l’entrée pour composer une Marilyn Monroe gracieuse et mutine. Si l’on parvient difficilement à tout entendre, l’on distingue toutefois une atmosphère plaisante se dégager de ces premiers morceaux. À cet instant succède un esclandre venu de la belle-sœur de l’homme qui a organisé cette soirée. Plusieurs comédiens surgissent alors de la foule. Ils manient la mauvaise humeur avec un grand sens tragi-comique, suscitant plusieurs expressions amusées d'un public par ailleurs admiratif des voix de ces 3 sopranos, 2 barytons et 1 ténor.

Tirant son titre du notoire « Wilkommen, Welcome, Bienvenue », cet événement se présente comme un cabaret lyrique. Imaginé par le truculent Guillaume Paire, les artistes proposent un large répertoire qui vient puiser dans des incontournables de la musique classique et du music hall. Après cette introduction détonante, nous nous installons sur une table joliment dressée pour assister à un spectacle parfaitement orchestré, entre animation musicale et pause gastronomique. L’histoire de ce mariage impromptu se compose sous nos yeux ébahis et nos ventres arrondis par la cuisine savoureuse de chefs de tables roannaises. Attablée elle-aussi lors des moments culinaires, la troupe fait ainsi montre d’une grande aisance scénique, d’un humour charmeur et d’une indéniable qualité vocale. Les minutes filent dans une gaité contagieuse.

Voilà là un pari musical dont l’hybridité a payé.

Plaisir multi-dimensionnel