Michel VOITURIER Charleroi
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Publié le 25 octobre 2017
Un fait divers dramatique : la mort d’un s.d.f. tabassé par des vigiles d’un hypermarché après avoir bu sans payer une canette de bière dans un rayon. Le récit implacable de ce qui s’est passé, une action enchaînant la suivante impitoyablement comme dans un mécanisme de tragédie.

Écrit dans la continuité d’une seule phrase, le récit de quelqu’un qui parle au frère de la victime se nourrit d’un style particulier. Il se déroule comme le témoignage d’un fait divers, il sinue dans l’hypothétique pensée des personnages, il effectue des va-et-vient chronologiques. Si la vue demeure le sens privilégié de l’action, les autres sens sont sans cesse sollicités comme pour mieux restituer l’environnement mercantile, mieux faire ressentir les perceptions corporelles de l’assassiné ou de ses bourreaux.

Olivier Coyette, tant pour son travail d’interprète que pour sa mise en scène, a choisi d’éviter les effets. Il nous rappelle d’abord que nous sommes au théâtre et non dans la vie en étant accompagné d’un souffleur présent sur le plateau. Son débit et le ton qui en résulte se rapprochent d’une sorte de voix presque monocorde qui déborde néanmoins parfois en s’aventurant dans la violence d’une colère ayant besoin d’extériorisation.

Loin du sensionnalisme de certains journaux télévisés ou d’émissions consacrées à des faits divers sanglants, le comédien ne nous entraîne pas vers une dramatisation engendrant des émotions violemment outrées par la virulence des actes, la croissance de la brutalité, l’insensé des justifications données en prétextes.

Il faut intégrer en soi la monstruosité des situations et de leurs conséquences. Appréhender l’inéluctable sorti des pulsions, elles-mêmes nourries par de sourdes rancœurs individuelles surgies des inégalités sociales  que symbolisent des lieux voués à la consommation. Le côté documentaire du propos de l’écrivain Mauvignier y contribue, laissant au public se positionner en tant que citoyens.

Ce que j’appelle oubli
Charleroi - Focus Pauvres et Riches - Belgique Du 20/10/2017 au 21/10/2017 à 20h30 Théâtre de l’Ancre 122 rue de Montigny Téléphone : +32 (0)71.314.079. Site du théâtre Réserver  

Ce que j’appelle oubli

de Laurent Mauvignier

Théâtre
Mise en scène : Olivier Coyette
 
Avec : Olivier Coyette

Œil extérieur Olivier Werner
Collaboration artistique, diffusion: Olivier Blanc

Production : Compagnie FORAGE, Théâtre des Halles (Avignon)                                                                                         Remerciements : Festival 4 Chemins de Port- au-Prince.

Durée : 50' Photo : © Marina Raurell

Lire : Laurent Mauvignier, Ce que j'appelle oubli, Paris, Minuit, 2011 , 64 p.