Cécile STROUK Paris
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Publié le 18 octobre 2017
Michel Didym parle de justice au théâtre du Rond-Point via la plume acérée de Dominique Simonnot et la voix magique de Bruno Ricci. Une pièce (satirique) sur la réalité sociétale des tribunaux français.

Nous trépignions d’impatience d’aller voir cette pièce. Pour trois raisons aussi allégoriques que l’est le symbole de la justice : la journaliste judiciaire Dominique Simonnot, le metteur en scène Michel Didym et le comédien Bruno Ricci, respectivement attendus pour ses chroniques addictives, ses trésors scéniques et l’excellence de son jeu. Ils se sont tous trois réunis pour montrer la justice telle qu’elle est appliquée tous les jours en France. Le titre de la création : « Comparution immédiate ». Le sous-titre, au point d’interrogation révélateur : « Une justice sociale ? ».

Point info : une comparution immédiate consiste à juger en l’espace de 15 minutes un-e prévenu-e à l’origine d’un délit de petite importance suite à une garde à vue. Des infractions aussi triviales que répandues qui constituent l’essentiel du travail des tribunaux de proximité en France. Loin ici le fantasme des grandes audiences pour crimes de haute importance. Non, ici, c’est vol à la tirette, agression à main armée, etc. Les accusés ? Des simples d’esprit, souvent victimes de traumatismes infantiles non résolus, qui expriment leurs névroses dans des gestes inconsidérés. Les juges ? Des gens épuisés qui martèlent des sentences à l’emporte-pièce, épuisés par cet excès de jugement. Les avocats ? Des gens pressés qui défendent des affaires sur le pouce. Les procureurs ? Des gens épuisés et pressés qui enchaînent des procédures souvent creuses.

Bref, c’est cette image de l’éreintement, du dépassement et du surmenage que donne à voir la création de Michel Didym. Inspirée des textes de Dominique Simonnot, elle-même inspirée de cas réels, cette « comparution immédiate » (au singulier) mime plusieurs affaires (au pluriel) à une vitesse qui ne permet aucune respiration. Si ce n’est les quelques tableaux poétiques qui compensent l’impression claustrophobique de ce prétoire de tous les possibles : seul en scène, Bruno Ricci prend alors le temps de se poser, calmement, pour lire d’émouvantes lettres de détenus. Aussitôt la lecture achevée, le rythme reprend de plus belle, mettant à l’épreuve la multiplicité scénique d’un comédien capable d’incarner ces figures de la justice avec une grande justesse parodique.

Outre des témoignages triés sur le volet, le parti-pris de la mise en scène s’exprime surtout dans les éléments scénographiques : ce prétoire en milieu de scène sur lequel sont assénés d’impétueux coups de marteau, ce même prétoire qui se transforme en barreaux de prison et ces hauts panneaux gris réfléchissant une lumière tour à tour aseptisée et intimiste. Des panneaux dont l’agencement labyrinthique évoquent les couloirs sans fin de prison dans lesquels le corps puis l’âme finit par se perdre.

« Une justice sociale ? » Sous-titre rhétorique donc. Une justice qui tente d’être sociale mais qui y parvient avec une peine d’autant plus immense que le manque de temps arrache à la clairvoyance. Une vraie question reste au sortir de la pièce : si la Justice avait plus de temps, serait (saurait)-elle (être) vraiment plus juste ? 

Paris Du 27/09/2017 au 22/10/2017 à Du mardi au samedi, 20h30 - Dimanche, 15H30 - Relâche : lundi Théâtre du Rond-Point 2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris Téléphone : 01 44 95 98 21. Site du théâtre  

Comparution immédiate

de Dominique Simonnot

Théâtre
Mise en scène : Michel Didym
 
Avec : Bruno RICCI

Scénographie : David Brognon

Assistanat à la mise en scène : Anne Marion-Galois

Lumière : David Brognon, Sébastien Rébois

Son : Michel Jaquet

Costumes : Éléonore Daniaud

Décor : Atelier de construction du théâtre de la Manufacture - (CDN Lorraine

Durée : 1h15