Noël TINAZZI Paris
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Publié le 15 octobre 2017
Dans "Democracy in America" Romeo Castellucci tente une adaptation à la scène de Tocqueville. Une suite de séquences dansées ou pas, très graphiques et parfaitement absconses.

Perplexes. Et perdus dans la forêt d'images, symboles, citations, allusions... semés à tous vents. Le dernier spectacle de Romeo Castellucci programmé par le Festival d'automne nous a paru plus que jamais hermétiquement refermé sur lui-même. Certes le metteur en scène, auteur démiurge, signataire des décors, lumières et costumes n'est pas connu pour sa limpidité. Ni pour faire dans l'illustration de textes écrits par d'autres. Mais le bloc d'abîme devant lequel il nous laisse cette fois atteint des sommets.

Sur le papier, le propos est alléchant. Il s'agit d'adapter à la scène l’essai politique d’Alexis de Tocqueville "De la démocratie en Amérique" (1835-1840). Mais d'emblée, le titre du spectacle : "Democracy in America" marque bien la distance entre l'analyse de l'observateur français et la "vision" (on ne trouve pas d'autre mot) du créateur italien qui se propose de "faire théâtre sur [ses] pas".

Avec une équipe exclusivement féminine (pourquoi cette exclusive ???) de comédiennes et/ou danseuses, il compose un chapelet de tableaux très beaux avec des lumières sublimes mais parfaitement abscons, dont la somme est une sorte de généalogie très personnelle de la démocratie qui pointe les dangers menaçant ce principe génréreux d'égalité dès sa naissance. Le tout baigné de pédantisme : on a droit à un cours sur la "glossolalie", terme surtout employé par les psys : le fait de parler ou prier à haute voix dans une langue inconnue non apprise (so what ???).

Un groupe sculpté monumental qui apparaît sur scène dès le début du spectacle comme un morceau de frise tombé du Parthénon nous met sur la piste d'Athènes, patrie de la démocratie. Et donc de la tragédie. Mais très vite, le bloc sculpté se retourne et les sculptures apparaissent en creux (l'envers de la démocratie ???). Le temps de se poser la question et nous voilà téléportés sur le continent américain et que s'affrontent des mondes et des systèmes absolument étrangers les uns aux autres. D'un côté, les natifs indiens; de l'autre, les immigrés, les puritains venus de la vieille Europe coloniser le nouveau continent en costumes très "early american".

Crise de possession

Une longue séquence emblématique oppose sur scène un couple de paysans misérables qui s'échinent à travailler un champ aride en invoquant Dieu avec force citations de l'Ancien Testament. Soudain la femme, prise d'une sorte de crise de possession, se met à éructer dans une langue inconnue et à se lacérer sauvagement (allusion aux sorcières de Salem ???).

Guerre d'indépendance, étapes de l’élaboration de la constitution, guerre de sécession, conquête de l'Ouest... les allusions aux principales dates de la formation de la démocratie américaine défilent dans les surtitres sans s'arrêter sur aucune. Pas même sur le fameux deuxième amendement qui autorise, voire encourage, la possession d'armes, source de tous les maux. Et qui motive une danse des sabres ensorcelante.

Très graphique, le tableau conclusif, bouquet final high tech, fait apparaître un couple de sculptures abstraites en 3D qui planent dans le ciel, tels de grands oiseaux qui prennent leur essor. Et nous laissent sur terre complètement largués !

Democracy in America
Bobigny Du 12/10/2017 au 22/10/2017 à 20h30 MC93 9, Bd Lénine 93000 Bobigny Téléphone : 01 41 60 72 72. Site du théâtre

Tournée :

Les 7 et 8 novembre 2017 - Le Manège, Maubeuge

Les 16 et 17 novembre 2017 - Les Salins,  Martigues

les 18 et 19 janvier 2018, Le Volcan, Le Havre

Les 25 et 26 janvier 2018 - la Filature, Mulhouse

Les 1er et 2 février 2018 - Théâtre Bonlieu, Annecy

Les 7 et 8 février 2018 - La Comédie de Reims, CDN, Festival Scènes d’Europe

Du 23 au 25 février 2018 - São Luiz Teatro Municipal, Lisbonne

Du 11 au 13 mai 2018 - Teatri Argentina, Rome

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Democracy in America

de Librement inspiré de Tocqueville

Théâtre dansé Théâtre
Mise en scène : Romeo Castellucci
 
Avec : Olivia Corsini, Giulia Perelli, Gloria Dorliguzzo, Evelin Facchini, Stefania Tansini, Sophia Danae Vorvila

Texte : Claudia et Romeo Castellucci

Musique : Scott Gibbons

Mécanismes, sculptures de scène et prosthèses : Istvan Zimmermann et Giovanna Amoroso

Décorateur : Silvano Santinelli

Costumes : Grazia Bagnaresi

Régie lumières : Giacomo Gorini et Andrea Sanson

 

Durée : 1h45 Photo : © Guido Mencari