Noël TINAZZI Paris
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Publié le 2 octobre 2017
Au Théâtre de la Reine Blanche, Stuart Seide met en scène « La Danse de mort », de Strindberg, avec une précision clinique. Les acteurs rendent envoûtant le rite féroce et cruel du vieux couple qui se déchire.

Pour s’aimer, il faut être deux, dit la chanson. Pour se haïr aussi, pourrait-on ajouter au vu de la pièce de Strinberg, « La Danse de mort » (1900). Rendre la haine si proche de l’amour que les deux sentiments se confondent, s’enlacent, se nourrissent l’un l’autre, c’est tout le sujet de la pièce, huis-clos banal et pourtant toujours aussi acéré du vieux couple moribond disséqué au scalpel par la mise en scène très épurée de Stuart Seide et la nouvelle traduction de Terje Sinding. Un cadre crépusculaire et quelques meubles composent l’atmosphère épaisse à couper au couteau où les deux acteurs se cherchent tels des félins à l’affût l’un de l’autre. Dans la petite mais très confortable salle de la Reine Blanche, leur rite étrange et cruel finit par envoûter.

Depuis vingt-cinq ans, les deux époux se déchirent à belles dents, exécutent une danse macabre et sans fin. Mais, pour moribond qu’il paraisse, l’amour renaît toujours. Tel un phénix qui ne mourra qu’avec la mort de l’un des deux. La mort réelle et non pas la mort symbolique, feinte par le mari qui, à bout d’arguments, joue au petit jeu sardonique du mourant. Piège dans lequel la femme tombe à pieds joints : « Dieu soit loué », exulte-t-elle, croyant à une mort réelle. Le sinistre face-à-face se joue dans la forteresse de l’île de garnison isolée où le capitaine d’artillerie Edgar et sa femme Alice sont confinés. La bonne s’en va dès le premier acte comme toutes les autres qui ont rendu leur tablier à ces maîtres insupportables. Les enfants sont partis à la ville et il n’y d’autre exutoire aux frustrations des vieux époux que ce petit jeu de massacre féroce et pervers.

En bon militaire, il est autoritaire, raide comme un piquet. Même pas capable de monter en grade, ne manque pas de lui rappeler son épouse. Elle qui a été autrefois actrice ne manque pas non plus de lui rappeler qu’elle lui a sacrifié sa vocation pour le théâtre. De son côté, il lui rappelle qu’elle ne sait pas tenir son rôle de femme de militaire. D’ailleurs elle ne sait rien faire sinon jouer du piano. Le couple vit chichement, ne fréquente personne. Il est vaguement question de fêter les noces d’argent mais aucun de deux n’en a vraiment envie. D’ailleurs il n’y a rien à boire ni à manger.

L’arrivée d’un tiers, en la personne du cousin d’Alice, Kurt, va faire diversion. Mais très vite, ils vont annexer chacun à leur tour le pauvre cousin qui est venu les rejoindre sur cette île où il croyait trouver une retraite paisible. Lui-même empêtré dans des histoires de vieux couple, il ne tarde pas à déchanter tant ils se servent de lui comme d’un jouet. Monsieur pour exercer son sadisme. Madame pour défouler ses besoins de séduction et de sensualité.

Immergé au centre de ce triangle malsain, le spectateur se laisse gagner par le mal-être des personnages. On croit vraiment aux mensonges proférés par le capitaine, composé par un Jean Alibert cassant à souhait. Pour sa part, Hélène Theunissen se coule à la perfection dans la peau de l’épouse martyre teintée d’une bonne dose de perversité.  Quant au cousin joué par Pierre Baux, il respire le malaise de l’otage pris entre deux feux. Il ne va pas tarder à plier bagages. Qu’à cela ne tienne, le manège du vieux couple reprendra sans lui… Ad vitam 

La Danse de mort
Paris Du 27/09/2017 au 29/10/2017 à 20h45 Théâtre de la Reine blanche 2 Bis Passage Ruelle, 75018 Paris Téléphone : 01 40 05 06 96. Site du théâtre

Du mercredi au samedi à 20h45, le dimanche à 15h30, les jeudis 12 et 19 octobre à 14h30

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La Danse de mort

de August Strindberg

Théâtre
Mise en scène : Stuart Seide
 
Avec : Jean Alibert, Pierre Baux, Karin Palmieri, Helene Theunissen

Traduction : Terje Sinding

Scénographie : Angeline Croissant

Lumière : Jean-Pascal Pracht

Son : Marc Bretonniére

Costumes : Sophie Schaal

Coiffures et maquillages : Catherine Nicolas

Régie générale : Ladislas Rouge

Durée : 1h45 Photo : © Pascal Gely