Les Fourberies de Scapin
Noël TINAZZI Paris
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Publié le 28 septembre 2017
A la Comédie Française, Denis Podalydès met en scène « Les Fourberies de Scapin » avec beaucoup d’alacrité. Benjamin Lavernhe y campe un Scapin vibrionnant doué de multiples talents.

Farce sans conséquence « Les Fourberies de Scapin » ? Oui et non. Oui, car sur une intrigue sans aucun crédit se distribuent force coups de bâton et répliques bien senties qui fleurent bon la comédie « de base ». Non, car Scapin s’y révèle un chevalier blanc qui fait justice et punit les vieux grigous de pères tourmenteurs des jeunes gens. Un justicier sans attaches et sans passé (sinon des démêlés avoués avec la justice), un Zorro non exempt de mélancolie qui montre un goût suspect pour la violence et un acharnement inquiétant contre des vieillards désarmés. Un Scapin anguille, insaisissable, fidèle à l’étymologie de son nom (en italien scappare veut dire s’échapper). Mené tambour battant, sans césures entre les trois actes, ce Scapin, joué par l’infatigable Benjamin Lavernhe, qui est tout cela à la fois, a le diable corps.

Vingt ans après le dernier Scapin très posé de Philippe Torreton, le serviteur le plus populaire de Molière revient à fond de train à la Comédie française où il se taille un franc succès. Avec force clins d’œil au public, la mise en scène, alerte et sans façons, de Denis Podalydès fait tout pour mettre l’assistance tous âges confondus en joie. Et même en jubilation, n’hésitant pas à faire appel à elle pour donner de la voix. Et même à l’entraîner sur la scène à distribuer des coups de bâton.

Pour éclairer sa mise en scène et la scénographie très réussie d’Eric Ruf, tout en échafaudages, palissades, mâts, voilures, carrelets … résumant le port de Naples où se situe l’action, Podalydès fait, dans le programme, un petit retour historique bienvenu. En 1671, lorsqu’il écrit la pièce, Molière, vieillissant (il mourra deux ans plus tard), revient, après avoir beaucoup donné pour la Cour de Versailles, à son théâtre parisien du Palais Royal où il veut renouer avec son public, moins guindé, plus « réactif ». Et il prend la liberté de faire retour sur les comédies pures de sa jeunesse. Et les ressorts inusables de la Commedia dell’arte.

Ce faisant, Molière puise son inspiration auprès de l’acteur Tiberio Fiorilli qui joue Scaramouche sur la même scène du Palais Royal qu’ils se partagent en alternance. Or, la scène est en travaux pour y installer des machines. Qu’à cela ne tienne, Molière, stimulé par la contrainte, tire le meilleur parti de l’espace réduit qui lui reste pour ciseler trois actes de théâtre pur qui ne tiennent qu’au charisme du personnage de Scapin (joué par lui-même), à sa faconde, à sa morgue … et au ridicule de ses proies.

Si Molière n’obtint pas le succès escompté par son retour aux sources, Benjamin Lavernhe, lui, est irrésistible, doué d’un abattage et d’une énergie à soulever des montagnes. A ses multiples talents de comédien patenté de la Comédie française, il en ajoute d’autres moins homologués et tout à fait inattendus sur la vénérable scène du Palais royal : celui de siffler entre ses doigts, de jouer de la guitare et de pousser la romance en italien. Chapeau !

Seul dans la distribution à être à sa hauteur, Didier Sandre campe un Géronte mémorable, mettant mille nuances différentes chaque fois qu’il répète sa fameuse ratiocination « Que diable allait-il faire dans cette galère ? ».  Du grand art. On en redemande !

Paris Du 20/09/2017 au 11/02/2018 à 20h30 Comédie Française, Salle Richelieu 1 Place Colette, 75001 Paris Téléphone : 08 25 10 16 80. Site du théâtre Réserver  

Les Fourberies de Scapin

de Molière

Théâtre
Mise en scène : Denis Podalydès
 
Avec : Bakary Sangaré, Gilles David, Adeline d’Hermy, Benjamin Lavernhe, Claire de La Rüe du Can, Didier Sandre, Pauline Clément, Julien Frison, Gaël Kamilindi

Scénographie : Eric Ruf

Costumes : Christian Lacroix

Lumières : Stéphanie Daniel

Son : Bernard Valléry

Durée : 1h45 Photo : © Christophe Raynaud de Lage