Noël TINAZZI Paris
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Publié le 21 septembre 2017
Simon McBurney réussit avec la Schaubühne de Berlin à rendre haletant le roman de Stefan Zweig, « La Pitié dangereuse », sur la scène des Gémeaux de Sceaux. Le spectacle extraordinairement abouti retrace les affres d’un officier de l’empire austro-hongrois pris dans les tenailles de la pitié.

Haletante. Il n’y a pas d’autre mot pour qualifier l’adaptation à la scène de la « La Pitié dangereuse »,  le seul roman que Stefan Zweig ait achevé, par la Schaubühne de Berlin. Le spectacle en allemand surtitré est un des temps forts du Festival d’automne, programmation hors les murs du Théâtre de la Ville.

Travaillant pour la première fois avec la fameuse troupe berlinoise, Simon McBurney orchestre un spectacle extraordinairement abouti, d’une subtilité inouïe. Autant que faire se peut, il s’éloigne des conventions du récit en faisant intervenir, seuls ou ensemble, les sept acteurs qui jouent ou commentent l’action, répartis sur des pupitres autour d’une cage de verre centrale qui tient lieu de toile de fond.

Si un rôle précis est attribué à chacun d’entre eux, ils peuvent aussi jouer la partie du narrateur à propos de tel ou tel personnage ou participer à des scènes de groupes. Si bien que l’on a l’impression d’avoir vraiment affaire à une pièce écrite pour le théâtre.

Dans ce roman écrit en 1939 alors que Stefan Zweig, fuyant les persécutions nazies, est en exil à Londres, l’auteur se fait le porte-parole de l’histoire qui lui est rapportée au passé par l’officier de la cavalerie autrichienne Hofmiller. Histoire que celui-ci aurait vécue en 1914, juste avant que n’éclate la première guerre mondiale. Confiné dans la garnison d'un trou de province, le jeune officier s’ennuie ferme lorsque lui parvient une invitation au château du richissime baron local.

Ravi de l’aubaine, le fringant jeune homme éblouit son monde mais commet une affreuse gaffe en invitant la fille du conte, Edith, à danser. Celle-ci est paralysée. Toute la suite du récit consiste à rattraper cette culpabilité initiale et le pauvre Hofmiller, pris entre les tenailles de la pitié éprouvée pour la jeune fille psychiquement instable, folle amoureuse de lui, s’implique toujours davantage. Jusqu’à la catastrophe finale.

Résonance

Le spectacle déroule à un rythme soutenu chaque étape de cette descente aux enfers jouée et/ou racontée. Mais à l’intérieur de ce récit central s’intercalent d’autres récits de pitié vécus et retracés par le père d’Edith, par son médecin… tous aussi prenants les uns que les autres. S’y révèle l’impossibilité de la compassion véritable. Et les penchants populistes, nationalistes, racistes d’une société qui fourbit ses armes pour la guerre. La première guerre mondiale, imminente, et l’autre à venir au moment où écrit Zweig. Le tout, non sans résonance avec l’époque contemporaine...

Le spectacle tient en haleine tout au long des deux heures sans entracte. On ne regrette qu’une chose : c’est que le rythme du récit nous tienne accroché aux sous-titres, nous empêchant d’admirer à loisir le formidable travail des acteurs.

La Pitié dangereuse
Sceaux Du 14/09/2017 au 24/09/2017 à 20h45 Les gémeaux 49, Avenue Georges Clemenceau 92330 Sceaux Téléphone : 01 46 60 05 64.

Dimanche à 17h

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La Pitié dangereuse

de Stefan Zweig

Théâtre
Mise en scène : Simon McBurney
 
Avec : Robert Beyer, Marie Burchard, Johannes Flaschberger, Christoph Gawenda, Moritz Gottwald, Laurenz Laufenberg, Eva Meckbach

Scénographie : Anna Fleischle

Costumes : Holly Waddington

Lumières : Paul Anderson

Conception sonore : Pete Malkin

Vidéo : Will Duke

Dramaturgie : Maja Zade

Durée : 2h Photo : © Giancarlo Bresadola

Comparer : version de Bisson  http://www.ruedutheatre.eu/article/1453/la-pitie-dangereuse/