King kong théorie
Camille SAINTAGNE Paris
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Publié le 21 septembre 2017
Dans le cadre du « Focus Femmes ! », la Maison des métallos explore la féminité dans toute sa diversité et son hétérogénéité. "King kong théorie", mis en scène par Émilie Charriot et adapté du roman de Virginie Despentes, s'inscrit dans ce cycle qui court jusqu'à fin décembre. Un très beau texte à découvrir ou redécouvrir au travers de cette mise en corps/voix minimaliste et subtile.

Le mérite principal d'Émilie Charriot et de ses deux interprètes est en effet de faire entendre ce texte. Ce manifeste, cet essai ou cette autobiographie, selon comment on le considère, repense le genre tout en retraçant les étapes charnières de la vie de Virginie Despentes : de son adolescence rebelle à la parution de Baise-moi en passant par l'épisode fondateur, le viol puis la reconstruction.

Ce texte a ouvert au grand public des horizons insoupçonnés que la recherche universitaire en études de genre avait déjà explorés mais qu'elle gardait secrets entre les murs des universités. Il a proposé une vision post-féministe de la femme en tant que guerrière, combattante et non plus seulement victime.

Le spectacle propose aussi des extraits de textes ou de déclarations de Despentes ainsi que des appréciations personnelles de lectrices. Ce choix pose donc avant tout l'écriture de Despentes comme une écriture dans laquelle on se reconnaît, nous, « les moches, les vieilles, les camionneuses, les frigides, […] les tarées, toutes les exclues du grand marché à la bonne meuf » mais aussi les hommes, ceux qui ne sont pas musclés, n'ont pas forcément d'ambition, pleurent parfois et ne sont pas toujours courageux.

Le plateau nu était donc sans doute la meilleure option pour faire entendre ce texte de Despentes. Les mots tracent déjà un paysage sauvage, celui de la ville, celui de la chair désirante. La création lumière souligne habilement la solitude de ces corps qui se découpent dans le noir et semblent sans cesse se battre pour « rester sur la tâche », ne pas sombrer, ne pas être engloutis par les ténèbres qui les entourent. La lumière est blanche et ne flatte pas le teint ni les formes des actrices. Elles paraissent là tout à la fois démunies et puissantes dans ce grand espace vide.

Nul besoin d'enfler ce texte par des cris, des contorsions, des larmes, le texte se révèle dans une forme de pudeur. Si l'on parle de sexe, de prostitution, de pornographie, le jeu de Julia Perazzini et Géraldine Chollet se garde bien de tomber dans l'excès. La présence des deux actrices est particulièrement juste, franche. Leur position statique aparaît comme une forme de résistance.

Enfin, il s'agit aussi de saluer la belle cohérence de ce « Focus femme ! » qui met à l'honneur la femme âgée dans Ce qui demeure (du 11 au 15 octobre), les jeunes femmes de quartiers dans F(l)ammes (du 17 au 29 octobre), la femme sur plusieurs générations dans Les Monstrueuses (du 21 novembre au 2 décembre). Ce sont des créations qui décloisonnent donc le genre, réfléchissent la femme non comme essence mais comme produit d'une historicité, d'une construction sociale, mettent en lumière celles, parmi elles, qu'on ne voit pas et qu'on entend peu.

Paris Du 19/09/2017 au 24/09/2017 à ma me, ve: 20h / je, sa : 19h / di : 16h Maison des Métallos 94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011Paris Métro Saint-Maur/ Parmentier Téléphone : 01 47 00 25 20. Site du théâtre Réserver  

King kong théorie

de Virginie Despentes

Manifeste autobiographique Théâtre
Mise en scène : Émilie Charriot
 
Avec : Julia Perazzini, Géraldine Collet

Regard dramaturgique : Igor Cardellini

Création lumières, régie : Yan Godat

 

Durée : 1h35 Photo : © Philippe Weissbrodt  

à partir de 16 ans

Comparer : version de Julie Nayer http://www.ruedutheatre.eu/article/3547/king-kong-theorie/

                   verson de Vanessa Larré http://www.ruedutheatre.eu/article/2791/king-kong-theorie/