Michel VOITURIER Silly
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Publié le 8 septembre 2017
Inspiré par un tableau d’Ensor, le texte porte une vision corrosive de ce qui cloche en Belgique (et aussi ailleurs). Un appel au changement sans passer par des miracles.

Voilà un seul-en-scène qui nous est arrivé avec une flatteuse réputation, nominé comme meilleur de sa catégorie par la critique belge. Aléa du spectacle vivant, une représentation s’avère parfois décevante et ce d’autant plus qu’on en attendait beaucoup.

Victime d’une fausse bonne idée provocatrice (jouer ce texte caustique à connotations anticléricales  dans une église), De Staerke n’a pas beaucoup suscité de rires car sa voix aux accents un peu métalliques a été déformée (hormis le moment, ironie du sort, où il est monté en chaire) par la détestable acoustique du lieu et rendue par moments inaudible.

Dommage dans la mesure où le texte de l’écrivain flamand Dimitri Verhulst résidant en Wallonie était porteur d’une vision plutôt politiquement incorrecte de la Belgique. Il est parti d’un tableau célèbre peint en 1889 par James Ensor, lui-même très polémiste à ses heures, où on voit perdu dans la foule un Jésus à peine distinguable d’une masse semblant manifester pour des raisons sociales bien plus que pour acclamer un messie.

Le prétexte du retour terrestre du crucifié ressuscité incite l’auteur de « La merditude des choses » à passer en revue les dysfonctionnements dont souffre la Belgique et qui n’épargnent pas le monde, et à poser la question : convient-il d’attendre une hypothétique descente du fils de Dieu pour songer à changer, à améliorer, à retrouver des valeurs ?

En 14 stations, le même nombre que celles du chemin de croix traditionnel du Christ, aucune institution n’est épargnée. L’Église et ses prêtres pédophiles, la politique et les querelles linguistiques, la royauté et son immuabilité institutionnelle, les citoyens tentés par le populisme ou pénétrés de principes écologiques et humanistes tout en les appliquant ailleurs que chez eux.

De toute façon, un seul en scène n’est jamais facile à assumer. Et si les projections d’images étaient censées redynamiser l’attention, leur fréquence et le bruit de bouche qui les scandait ont fini par avoir quelque chose de répété trop systématiquement.

L’entrée du Christ à Bruxelles
Thoricourt (Silly) - Théâtre au Vert - Belgique Le 25/08/2017 à 21h30 Eglise Place Albert de Thieusie Téléphone : 068 65 96 26. Site du théâtre Réserver  

L’entrée du Christ à Bruxelles

de Dimitri Verhulst

Seul-en-scène Théâtre
Mise en scène : Georges Lini
 
Avec : Eric De Staercke

Adaptation : Georges Lini
Animation : Jean Goovaerts
Video, son : Sébastien Fernandez
Scénographie : Charly Kleinermann, Thibaut De Coster
Création lumière : Gleb Panteleeff

 

Durée : 1h30 Photo : © Daniel Pilette  

Production: Cie Belle de Nuit

Lire : Amélie Nothomb, L’Entrée du Christ à Bruxelles, Paris, Albin Michel, 2004, 47 p.
         Dimitri Verhulst,  L'Entrée du Christ à Bruxelles (en 2000 et quelques), Paris, Denoël, 2013, 147 p.

Analyser : http://www.lesoir.be/archive/recup%3A%252F1205705%252Farticle%252Fsoirmag%252Fsoirmag-histoire%252F2016-05-10%252Fjames-ensor-l-entree-du-christ-bruxelles