Cécile STROUK Paris
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Publié le 4 septembre 2017
Un festival pluridisplinaire dans les Arènes de Lutèce, en plein Paris ? Oui, tout à fait. Ça s’est passé du jeudi 31 août au samedi 2 septembre, pendant trois jours densément citoyens, engagés et enjoués.

Qui soupçonnait l’existence d’un festival aux Arènes de Lutèce ? Qui soupçonnait même l’existence de ces arènes (certes notoires) ? Débutons par une saillie culturelle. Construits au 1er siècle dans le quartier latin de Paris, ce lieu historique abritait un amphithéâtre gallo-romain. Pendant longtemps, de ferventes représentations théâtrales et de féroces combats de gladiateurs eurent lieu avant que les Arènes ne tombent dans l'oubli de l’ensevelissement.

Ce n’est qu’au XIXème siècle, grâce aux fouilles de Vaquez et Capitan, qu’elles sortirent de terre. Victor Hugo dégaina même sa plume magique pour les ramener à la vie : « Il n’est pas possible que Paris, la ville de l’avenir, renonce à la preuve vivante qu’elle a été la ville du passé. Le passé amène l’avenir. » (Lettre du 27 juillet 1883). Quelques jours plus tard, les vestiges de l’amphithéâtre furent classées monument historique.

La troisième édition des « Nuits des arènes » a donc pris place dans cet endroit chargé d’histoire de la rue Monge. Un festival dédié aux arts en tout genre qui ambitionne de créer un « désir commun » capable de relier les citoyen-nes entre eux. Pour ce faire, la Compagnie Nadjastream a choisi « d’étudier les facteurs d’interaction sous forme d’ateliers, de débats et de spectacles ». Si nous n’avons pas pu assister à ces trois journées, notre venue le samedi soir a suffi à donner le ton.

Au programme de la soirée, un solo de danse introspectif et minimaliste imaginé par Jean-Paul Méhansio autour de la question de l’identité. Comment se connaître lorsqu’on ne fait que se déraciner ? Féru de voyage, le chorégraphe ivoirien avance une idée : celle du miroir, mimé par une main mouvante à travers laquelle il tente sans cesse de voir son âme pour ne pas qu’elle lui échappe. Sur les mélodies orientales de Muhammad Qadri Dalal, la création Gnéan/Miroir touche à un intime si puissant qu’il en devient universel. « Il faut être un caméléon », confie-il à la fin de la représentation.

Après un temps de pause où les régisseurs changent le décor d'arènes déjà plongées dans l’obscurité et où les badauds sirotent une bière au bar décoré par l’exposition d’œuvres graphiques, nous voilà plongés dans une toute autre atmosphère. Celle du cabaret. D’un cabaret qui se présente comme « un cirk'n'roll animal ». Une périphrase qui, en plus de ne pas manquer de sens marketing, tient ses promesses sur scène.

Itinérante et férue d’outils multimédia, cette troupe du Cirque Électrique est composée d’hommes et de femmes exubérants, inquiétants et intrigants. Sur une musique très sonore qui déploie un son punk-électro, ils enchaînent à tour de rôle des numéros virtuoses. Tout y passe : effeuillage, jonglage de feu, trapèze, acrobatie, bondage, danse contemporaine à coup de grand écart facial et latéral… L’atmosphère est volontairement érotisée et violentisée pour (sur)incarner ce mot que prononcera à la fin le batteur en bas résille : « La Liberté ! ».

S’en est suivi un DJ set en plein air pour finir en ondulations cette soirée atypique, sans aucun doute représentative d’un festival qui passe sans complexe d’ateliers pour enfants (l’après-midi) à des propositions saisissantes pour adultes (la nuit). 

Grand écart gallo-romain