Cécile STROUK Paris
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Publié le 30 août 2017
Vous êtes-vous déjà interrogés sur la portée véritable, le sens profond et l'image d'Épinal du cheveu ? Que la réponse à cette question a priori anecdotique soit positive ou négative, rendez-vous à la Manufacture des Abbesses pour retrouver toute la saveur complexe de cet élément si (a)typique du corps humain.

« Cheveux ». Tout simplement. Un titre court qui en dit long sur cette matière si symboliquement chargée. L’intimiste Manufacture des Abbesses accueille la dernière création de la compagnie Brouha Art imaginée par des auteures et comédiennes de talent : Laureline Collavizza et Julie Fonroget. Deux femmes qui, autour de coiffeuses placées de chaque côté de la scène, mettent en musique, en jeu et en voix un texte entièrement dédié à cette pilosité si particulière.

Accompagnée d’un susurrement off qui s’élève dès les premières secondes, elles déploient une pièce qui se présente sous la forme d’une conférence chapitrée dont le mérite, à défaut d’être exhaustive, est de couvrir tous les champs du cheveu. Celui des hommes, dont la disparition précoce voire l’absence cause de douloureuses torsions de la virilité ; celui des femmes qui, à force d’avoir été érotisé, est passé au rang d'une vilaine obscénité ; et le cheveu, en général, décrypté comme symbole qui touche à un intime universel…

Interactive, iconographique, picturale et historique, cette démonstration utilise un écran central pour projeter des preuvres soutenant la véracité des propos avancés sur scène. Un florilège de sources d'autant plus impactantes qu'elles sont intangibles : émissions de France Culture (« Les pieds sur Terre » et « Sur les docks ») ; Nouveau Testament ; publicités d’époque. Sans oublier cette scène légendaire où Demi Moore, dans À armes égales de Ridley Scott (1997), se rase intégralement la tête pour s’imposer dans le milieu sexiste des militaires. Placés à point nommé, ces interludes rythment une pièce qui passe à vive allure en plus de chatouiller nos croyances sur le cheveu - si tant est que nous en avions jusque-là.

À travers ces saynètes où l'on change de rôle comme de perruque, nous sommes ainsi confrontés à des considérations d’une évidence qui laisse coi. Oui, avoir des cheveux différents de la moyenne est excluant ; oui, une femme qui n’a plus aucun cheveu a sans doute un cancer ; oui, une personne qui se rase les cheveux ou se les teint en rose s’oppose à l’ordre sociétal. Bref oui, les cheveux sont une obsession dans l'inconscient individuel et collectif. Ils sont et disent. Comme un être à part entière qui ne saurait être caché que par des forces coercitives et obscurantistes.

Après avoir ri, réfléchi et froncé les sourcils devant Cheveux, vous observerez les vôtres et ceux des autres avec une attention redoublée, comme si vous aviez compris à quel point ce « détail » apporte des éclairages essentiels sur la psyché (et la santé) des uns et des autres.

 

Cheveux
Paris Du 27/08/2017 au 04/10/2017 à Dimanche 20h ; lundi, mardi et mercredi à 21h Manufacture des Abbesses 7 rue Véron, 75018 Paris Téléphone : 01 42 33 42 03. Site du théâtre  

Cheveux

de Révélation décoiffante

Théâtre
Mise en scène : Laureline Collavizza et Julie Fonroget
 
Avec : Laureline COLLAVIZZA, Julie FONROGET

Conception, création plastique et montage : Lika Guillemot

Conception, lumières et scénographie : James Brandily

Collaboration dramaturgique : Marek Kubista

Photos et collaboration artistique : Yann Kubucka

Durée : 1h15 Photo : © Yann KUKUCKA