Cécile STROUK envoyée spéciale à Pont-à-Mousson
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Publié le 27 août 2017
23ème édition de la Mousson d’été, 4ème pour Ruedutheatre. Un été indien au bord de la Moselle qui clôture le mois d’août par la découverte d’écritures contemporaines, où se côtoient cette année des formes engagées, dramatiques, comiques mais parfois aussi, avec plus d’écart que les précédentes éditions, des propositions ennuyantes voire agaçantes.

Depuis 4 ans, la Mousson d’été est devenue le rendez-vous incontournable pour Ruedutheatre. Ce festival d’écritures théâtrales contemporaines créé en 1995 par Michel Didym nous a séduit à maints égards. Un parti-pris tourné vers la création européenne qui s’articule autour de textes actuels, pour la plupart présentés en exclusivité sur scène ; un carrefour de rencontres entre auteurs, metteurs en scène, comédiens, traducteurs, universitaires et critiques ; un lieu majestueux qui inspire dialogue et créativité (cf: l’Abbaye des Prémontrés à Pont-à-Mousson) ; un esprit familial où l’on se croise, se décroise et se recroise pendant les 6 jours du festival ; des talents nouveaux ou connus comme Julie Pilod (comédienne), Quentin Baillot (comédien) et Rebekka Kricheldorf (auteure allemande) ; et l’Université d’été qui, pour une somme modique, accueille en pension complète des curieux venus de tous horizons pour les sensibiliser aux coulisses de la création contemporaine. Vous comprenez maintenant l’envie qui fut la nôtre d’y retourner cette année.

Arrivés le jeudi pour l’inauguration auprès des Officiels de la Région et du Département où l’on répète à quel point la culture est essentielle pour fédérer, nous avons ouvert le bal des lectures par un texte de Nathalie Fillon, clamé par le trublion Bruno Ricci au bord d’une Moselle caressée par le soleil de 18h. Un format court, enlevé et bien pensé sur le statut « d’expert » qui, à force d’exploration, finit dans le nihilisme. Nous avons ensuite eu le plaisir de retrouver Rebekka Kricheldorf et son écriture aussi psychanalytique que cynique. Dans Mademoiselle Agnès, elle nous présente sa figure du misanthrope, une femme de 40 ans qui « en a marre de tout », de son fils raté à son amant inconséquent en passant par ses ami-e-s hypocrites. Dans le rôle principal, Johanna Nizard, à la voix percutante et tourmentée. Comédienne que l’on retrouve deux jours plus tard en lesbienne hantée par les traumatismes non résolus de sa famille. Avec Habiter le temps, l'auteur suédois Rasmus Lindberg met un visage sur les ravages de l’héritage trans-générationnel à travers la présence sur scène de trois couples à trois époques différentes. Une lecture et une pièce parfaitement maîtrisées qu’honorent les malices scéniques de Michel Didym et la justesse des comédiens : notamment Julie Pilod, dont l’art du jeu n’est plus à prouver et, de manière plus surprenante, Eric Berger - une « vielle connaissance » dont le visage nous est plus connu sous le nom de « Tanguy », film culte de 2001.

Le quadragénaire signe là une entrée remarquée dans la Mousson d’été, qui s’explique sans doute par la « joie naturelle » éprouvée à être sur scène. Mais pas seulement. Lorsque l’on l’interviewe au Bar des écritures, il nous raconte son amour pour le théâtre classique de Molière ou Claudel, sa curiosité à l’égard des auteurs contemporains qu’il connaît moins et son goût pour le mouvement effréné. Cet optimisme se traduit sur scène par un potentiel aussi comique que dramatique : il fait partie de ces comédiens qui sait faire ressortir la raison d’être d’un texte. On le retrouve d’ailleurs plus tard dans un autre régal de la Mousson : Solstice d’hiver, de l’Allemand Roland Schimmelpfennig. Une tragédie familiale sur fond d’une dictature mal digérée où Eric Berger emprunte le rôle d’un mari qui soigne son complexe de persécution par des prises maniaques d’anxiolytiques. À ses côtés, une galerie de personnages dans l'incapacité de résoudre leurs propres conflits intérieurs.

Mousson et variété de pression

Du régal à la disette

Dans une tonalité plus légère et drôle, nous retenons Pink Boys and Old Ladies, une commande de Clément Thirion écrite par Marie Henry sur un garçon qui porte des robes roses. L’interprétation est excellente, rythmée et décalée. L’écriture, originale, surprenante, moqueuse. Le sujet inédit et le traitement de la différence fin dans sa cruauté.

Bref, vous nous direz : mais donc, où est le loup ? Eh bien, dans certaines autres lectures entendues lors de ce séjour. Canicule, de l’Espagnole Lola Blasco nous égare dans des méandres méta-christiques qui laissent dubitatifs, malgré la fluidité narrative de son texte ; Poings, de Pauline Peyrade, raconte l’histoire perverse d’un couple hétérosexuel sans relief autre que la crudité de certaines scènes sexuelles ; ou encore Aphrodisia de Christophe Pellet nous assoupit par la tonalité morne de la lecture et une mise en scène ténébreuse en dépit d'une écriture existentialiste soignée. Même le prometteur Walking Therapy - déambulation thérapeutico-urbaine animée par deux Belges caustiques dans les rues de Pont-à-Mousson - abuse d'un ressort comico-acerbe qui finit par ne devenir qu'acide. On ne sait plus à la fin quel est le message de fond : critique des thérapies modernes, de l’injonction du bien-être, de nos tristes existences ou de notre inclination à la plainte ?

À l’heure où l’on écrit, il reste encore 3 jours de Mousson. Car ce que nous présentons là n’est qu’un aperçu, avant tout subjectif, d’un tout qui reste ambitieux, méritant et bigarré. Sans doute un poil trop pour nous cette année.