Les pâtissières
Michel VOITURIER Avignon
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Publié le 26 juillet 2017
Un trio de sœurs au cœur d’une intrigue policière, en butte au risque de faillite de la pâtisserie familiale dont elles s’occupaient. Un trio de personnalités qui s’opposent même quand elles restent unies.

Trois sœurs donc. En aucun cas celles de Tchekhov, ni celles de Vitté, ni celles de Mumenthaler ou de Roberts. Celles de Piemme ne sont pas tristes même si elles sont sans avenir.  De la probable maison de retraite où elles se retrouvent après avoir été escroquées par un agent immobilier sans scrupule qui s’est emparé de leur commerce ancestral, elles conservent l’esprit combatif. Au point même qu’on les soupçonne de la disparition de cet aigrefin.

Tout repose sur ces personnages de comédie. Il y a de l’outrance en elles, une pointe d’extravagance que l’on retrouve dans l’habillement plutôt coloré et le maquillage légèrement racoleur. Elles sont d’ailleurs outrées d’être mises au rancart. Et ne font pas faute de le proclamer.

Entre deux interrogatoires policiers en tant que suspectes d’homicide, elles parcourent leur existence au sein de la pâtisserie familiale. Elles suggèrent leurs différends et leurs différences ; elles vitupèrent une époque où il faudrait « adapter une production ancestrale aux aléas à la demande démographique » sans se préoccuper de la qualité au profit de « produits industriels et insipides ». Elles s’en prennent au temps qui passe si rapidement qu’on arrive à la vieillesse sans être parvenu à jouir de la vie.

Un théâtre affirmé

Chantal Deruaz, Christine Guerdon, Christine Murillo excellent dans ces jeux de questions-réponses, de médisances-cancans, de formules assassines qui sidèrent un adversaire oratoire. Elles forment un trio qui se renvoie les mots comme au tennis la balle et chacune finit par marquer des points sans que personne ne perde vraiment un set sur ses partenaires-adversaires, surtout lorsque surgissent les évocations de rêves de jeunesse jamais réalisés.
 
La mise en scène de Nabil el Azal se méfie de la caricature dans laquelle ce texte et ces comédiennes risqueraient de sombrer.  Pour souligner qu’il s’agit d’abord de théâtre, il a pris le parti de faire jouer nombre d’actions quotidiennes en les mimant. Il établit de la sorte un écart entre ce qui est dit et ce qui s’accomplit. C’est une façon originale de donner un air de parodie à des actes d’une grande banalité.

Il s’est servi aussi d’un découpage en séquences en les dispersant dans l’espace, associant de cette manière des moments d’autrefois à des moments du présent, des discours fantasmés à des réalités évidentes. Ce batifolage spatio-temporel concourt à donner à la pièce de Piemme un rythme particulier que l’accumulation des mots aurait pu freiner.

Avignon - Avignon Off Du 07/07/2017 au 30/07/2017 à 12h40 Petit Louvre (salle Van Gogh) 23 rue Saint Agricol Téléphone : +33 (0)432 76 02 79. Site du théâtre Réserver  

Les pâtissières

de Jean-Marie Piemme

Comédie grinçante Théâtre
Mise en scène : Nabil El Azan
 
Avec : Chantal Deruaz, Christine Guerdon, Christine Murillo

Lumières Philippe Lacombe
Costumes Danièle Rosier
Images Ali Cherri
Régie Aron olah

Durée : 1h20 Photo : © Charlotte Spillemaker  

Production : Compagnie La Barraca
Soutien : SPEDIDAM

Comparer : http://www.ruedutheatre.eu/article/2019/les-patissieres/

Lire : Jean-Marie Piemme, Les pâtissières, Carnières, Lansman, 2012