Michel VOITURIER Lille
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Publié le 16 mai 2017
Théâtre d’objets inscrit dans une veine burlesque, ce spectacle de duettistes s’empare de «Hamlet» pour le transformer en un massacre qui déborde largement celui écrit par Shakespeare.

Aux côtés d’un castelet nanti du rideau rouge des traditionnels théâtres à l’italienne, ils sont deux. Un bavard impénitent qui incarne tous les personnages, y compris lui-même (Pier Porcheron) ; un placide comparse qui se fait technicien, machiniste, électricien, bruiteur (Thierry Champaloux). Et derrière eux plane et parfois se prend un râteau l’ombre du célèbre William.

C’est que rien ne fonctionne véritablement comme prévu. En cause la maladresse supposée de l’interprète, sa tendance à avoir une mémoire en forme de passoire, la prédisposition qu’ont les objets de ne pas réagir comme ils le devraient, l’apparente impréparation d’un spectacle qui se voit contraint de devenir fourre-tout autant que fous-rires. Enfin et surtout la longueur interminable des tragédies shakespeariennes qu’il est indispensable de condenser.

La parodie fonctionne d’autant mieux si on connaît «Hamlet». Mais grâce au résumé qui leur est donné en prologue, ceux qui n’ont jamais vu ni lu cette pièce s’y retrouvent plus ou moins. Bien assez en tout cas pour profiter des bribes de textes archiconnus qui farcissent certains monologues comme on farcit une dinde : pour en relever le goût.

 

Une gamme de comiques

Les types de comiques s’additionnent. Les niveaux de langage se télescopent. Les jeux de mots et les actions se disposent de manières diverses sur des degrés d’humour aussi variables qu’un baromètre. Les grimaces s’accouplent à des effets vocaux gradués. Un sens surgit en dessous d’un autre bien plus rigolo que le premier. Et puis, pas question de ralentir, il faut traverser l’intrigue au galop, sauter par-dessus les anachronismes, ne pas craindre de se salir du sang des blessures, de se maculer de matières innommables.

Les gags répétitifs fonctionnent tel celui du crâne rebondissant sur la tôle du toit du castelet trop bas pour la grandeur du personnage central. Les transformations se gaussent des effets qu’elles sont censées produire comme ce tas de farine sur lequel on souffle pour évoquer la brume ou la neige avant de la sniffer parce c’est aussi de la coke. Le pastiche pédagogique est à son comble avec l’explication définition très imagée de ce qu’est un pucelage. L’interprétation réussit parfois à s’extraire du burlesque débridé pour retrouver des bribes d’émotions dramatiques à travers le texte même de l’œuvre originelle.

Durant tout cela, le partenaire est un musicien qui joue de la radio. Il y passe des musiques d’ambiance, des bandes originales de films particulièrement typées, des bruitages insolites. Il est encore le Jupiter de banlieue qui lance des éclairs avec un projecteur. Il est celui qui ne pige rien mais sait tout sans quoi il se contenterait de somnoler. Un verbe que le spectateur n'a guère le temps de conjuguer.

Il y a quelque chose de pourri
Villeneuve d'Ascq (Lille) - Théâtre 100% Objets Du 11/05/2017 au 13/05/2017 à je 21h30 ve 19h sa 16h La Rose des Vents Boulevard Van Gogh, Téléphone : 0320 61 96 96. Site du théâtre Réserver  

Il y a quelque chose de pourri

de Pier Porcheron d'après Shakespeare

Théâtre d'objets Théâtre
Mise en scène : Pier Porcheron, Maïa Commère
 
Avec : Pier Porcheron, Thierry Champaloux

Jeu, écriture : Pier Porcheron
Régie, dessin, musique, rideaux : Thierry CHampaloux
Direction d’acteur : Maïa Commère
Dramaturgie d’objets : Fancis Monty

Durée : 55' Photo : © Eva Avril  

Production : Cie Elvis Alatac