Michel VOITURIER Lille
Contact
Publié le 15 mai 2017
Un immeuble à appartements. Une habitante, la première à avoir un logement là, qui chasse tous les locataires afin de disposer seule de l’espace habitable. Un délire qui pousse les gens à l’exil, qui refuse tout ce qui n’est pas identique.

La fable est limpide. Elle est celle d’un territoire qu’une personne désire pour elle seule, sans partage, à n’importe quel prix. Rien d’humaniste dans ce comportement égotiste et égoïste. Celui des nantis qui rejettent les sdf, les migrants, les réfugiés, les sans papiers.

Le jeu est caricatural. Le maquillage est outrancier qui accentue le flétrissement de la peau sous l’effet de l’âge, qui s’accorde avec un masque induisant un jeu de commedia dell’arte. Le corps se désarticule comme celui d’un pantin que l’on manipulerait par des fils. La voix sera criarde et éraillée telle qu’on imagine celle d’une sorcière de conte populaire.

Le décor et les objets qui le meublent sont plutôt crados. La scénographie s’appuie sur la métonymie : une poignée est une porte-fenêtre, un encadrement une issue vers l’extérieur, un gyrophare un commissaire, une valisette un exil, des couteaux ou des outils la violence, des silhouettes découpées les disparus, une cage une prison, un immeuble un pays… Et tout est à l’avenant, car l’histoire des élucubrations de Suzanne pour éradiquer son voisinage se raconte au fil des objets dont elle se sert.

La marque de fabrique de La Licorne se révèle dans la quantité de choses spécialement créées pour constituer un univers cohérent. Décalé mais cohérent. Il y a les animaux, ceux qui seront éventrés ou mis en cage ou mixés. Il y a les instruments ménagers qui permettent de trancher, de découper, de réduire en charpie. Et le mobilier qui facilite les rangements conserve les matériaux pour confectionner les pièges ou les leurres ou les excitants à la fuite comme excréments, lettres anonymes... Sans oublier la maquette de l’immeuble qui visualise la progression de l’envahissement.

La pièce échappe au risque persistant de monotonie des actes déchainés successifs, des outrances verbales permanentes en invectives ou en imprécations grâce à de nombreuses trouvailles visuelles inventives. Menée tambour battant, cette tragédie comique s’inscrit dans une actualité qui n’est pas près de cesser : celle des exodes, des rejetés de la société, des inégalités sociales, des frustrations de la paupérisation croissante.

Sweet home, sans états d’âme
Villeneuve d'Ascq (Lille) - Théâtre 100% Objets Du 12/05/2017 au 13/05/2017 à ve 21h30 sa 17h La Rose des Vents Boulevard Van Gogh, Téléphone : 0320 61 96 96. Site du théâtre Réserver  

Sweet home, sans états d’âme

de Arthur Lefebvre

Théâtre d'objets Théâtre
Mise en scène : Claire Dancoisne
 
Avec : Rita Tchenko

Scénographie : Claire Dancoisne
Régie générale : Brice Nouguès
Regard artistique: Marie Liagre
Création musicale : Maxence Vandevelde
Création des objets : Maarten Janssens, Olivier Sion
Peinture : Chicken
Création de la toile de fond : Detlef Runge
Construction des décors Alex Hermann
Création costume:  Anne Bothuon

Durée : 50' Photo : © Christophe Loiseau  

Production : La Licorne (Dunkerque)

Agréation : Conseil départemental du Pas-de-Calais (dispositif "Diffusion de Proximité")