Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 15 mai 2017
Être Quelqu'un d'autre, Ailleurs, ou cesser d'exister pour la société ? Nazi planqué ou ermite forestier ? Coup de tête ou acte réfléchi ? Qu'est-ce qui pousse un être humain à s'écarter de ses congénères, tel est le thème choisi par cette jeune compagnie...

Comme un livre, le spectacle est divisé et s'affiche en chapitres, illustrés à la fois par un film et par l'action directe des comédiens, soit "deux schémas narratifs distincts". Le court début du spectacle est documentaire et généraliste pour ensuite se consacrer entièrement à un personnage central, Adrien, tenté par une "marginalité volontaire", sans que l'on en apprenne beaucoup sur sa personnalité.

Ce jeune homme à la triste figure, cet Adrien/Adrien Drumel, est un homme déchiré, en rupture avec le petit monde qui l'entoure, avec ses proches qui ne sont ni meilleurs ni pires que d'autres, au contraire même. Quand il disparait brusquement, sans explication, sa compagne Rita/Rita Belova, son jeune frère David/David Scarpuzza, son ami Marouan/Marouan Iddoub, ne cessent de s'interroger, de se faire des reproches, de s'indigner... de le chercher.

De très belles images filmées le verront errer dans la forêt tel un vagabond ou s'avancer lentement vers un autel où tel un disciple à l'allure christique, il lui sera rappelé le séjour de Jésus dans le désert. Que fuit-il ? La société moderne qu'il exècre ? Sa vie trop petite, banale, qui ne le satisfait pas ? Que cherche-t-il ? Une renaissance dans un total oubli du "premier lui-même"? Les séquences du film qui montrent le vécu caché d'Adrien, en parallèle avec ce qu'éprouvent en direct ses proches, ne donnent aucune piste.

De même la lumière et la scénographie de Renaud Ceulemans composée d'un grand portail à deux battants mobiles créant des espaces non définis, n'éclairent pas davantage le spectateur: les ouvertures et fermetures fréquentes symbolisent-elles les doutes et hésitations des protagonistes ? Mais tout cela n'est peut-être que le cauchemar d'un dormeur agité...

Le "laisser-tomber" de David Le Breton...

Une citation de Douglas Adams ("Le Guide du Routard Galactique") s'étalait sur le grand écran de fond de scène et il était fait référence à une étude montrant le pourcentage inquiétant de Japonais "portés disparus" (100.000 par an) mais Platon, l'Atlantide, Laborit, Cioran et... David Le Breton ("Disparaître de soi") sont de la partie et il y eut également des recherches personnelles des comédiens dans leurs impros débouchant sur cette "écriture de plateau" branchée.

Thomas Depryck a apporté son regard extérieur et a orchestré l'ensemble du texte d'après le concept de Lara Ceulemans, metteure en scène. Il y a bien une séquence parodique d'une émission télé, une illustration décalée d'un Adrien mis au frigo sur un air de Philippe Katerine... mais mises à part ces espiègleries, la tonalité du spectacle est plutôt grave avec quelques touches poétiques

La beauté du désastre
Bruxelles - Belgique Du 09/05/2017 au 13/05/2017 à ma-sa: 20h30 - me: 19h30 Théâtre National Boulevard Emile Jacqmain B-1000 Bruxelles, Bruxelles Téléphone : 022034155. Site du théâtre Réserver  

La beauté du désastre

de Thomas Depryck

Théâtre
Mise en scène : Lara Ceulemans
 
Avec : Rita Belova, Adrien Drumel, Marouan Iddoub, David Scarpuzza, Marie-Charlotte Siokos

Concept: Lara Ceulemans
Regard extérieur: Thomas Depryck
Assistanat: Amandine Vandenheede
Vidéo: Dimitri Petrovic, Maxime Jennes 
Musique: Gabriel Govea Ramos et Thomas Raa 
Création lumière: Renaud Ceulemans 
Scénographie: Renaud Ceulemans, Zoé Ceulemans 
Elaboration technique, plans: Benoit Ausloos 
Costumes: Zoé Ceulemans, Fabienne Mainguet 
Aide à la dramaturgie: Merlin Vervaet
Régie: équipe théâtre National

Extraits, notamment:"Le guide du routard galactique.Volume 2/Le dernier restaurant avant la fin du monde" de Douglas Adams/© Denoël 1992 pour la traduction française. L'écrivain de SF Douglas Adams (et H2G2), Anglais d'Amérique, eut son heure de gloire dans les années 80...

Durée : 1h45 Photo : © Simon Gosslin  

Création-production:"Les Meutes" asbl, Bruxelles (BE)
Coproduction: "Les Meutes/Mars–Mons arts de la scène/Théâtre National, Bruxelles. Production déléguée: Sarah Sleiman/MoDul asbl, Mons (BE)
Soutiens: Fédération Wallonie Bruxelles, Service Théâtre.