Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 5 mai 2017
Qu'il soit question d'amour, d'amitié ou de bon voisinage, la relation à autrui n'est pas toujours exempte de souci. Se rencontrer, vraiment, apparaît souvent mission impossible pour les personnages de ces cinq "Petites pièces drôles et cruelles" illustrant fort bien le thème: "l’art de se passer à côté".

Rencontre imprévue, rencontre fortuite, rencontre ratée, rencontre impossible, rencontre improbable, rencontre toxique... c'est plutôt de non-rencontres qu'il s'agira. Tout commence dans la maladresse et la drague juvéniles, sur une piste de danse. Il et elle égrènent, en soliloques, les clichés véhiculés de nos jours encore sur la princesse endormie qui attend le prince charmant sur son cheval blanc, tous deux en riant, se refusant à y croire, quoique...

Une forme d'isolement, de barrière entre les gens est celle que représente les écouteurs de cette jeune femme qui attend le bus. (Quiconque fréquente les transports en commun a connu ce sentiment de profonde solitude...) Quand elle se déconnecte, on pourrait croire qu'elle prêtera attention à ce quidam, qui se prétend "quelqu'un de bien", qui parle trop et mal, décidément trop poli pour être honnête, et ce sera au contraire, la montée d'un sentiment de peur chez elle, de refus de  davantage d'échanges. Echec de la communication, constat d'une incompréhension de part et d'autre.
 
On retrouvera ces notions chez ce couple mal assorti : elle plutôt intello, "castratrice" comme le lui reproche cet homme simple, trop prévisible sans doute pour elle qui lui jettera à la face de cruels reproches. Si l'humour est bien présent, il ne manque pas de brutalité dans les échanges de personnages dont la haine est si proche de la passion. Les mots ici sont des projectiles; il est clair que la réplique de l'homme, démuni à cet égard, ne peut venir que des actes: une gifle en sera le début.
 
Malentendus, quiproquos.. et pourtant, les mots peuvent se révéler positivement efficaces. Le rituel de cette femme l'incite à se rendre, les mardis et jeudis, dans une cabine téléphonique pour y entendre la voix suave d'un homme qui commence par les mêmes phrases de sollicitude: "Ta journée a été bonne?"... C'est suite à une erreur de numéro qu'elle a tacitement accepté de devenir l'Absente, celle que cet homme attend. Elle ne dit rien, elle l'écoute, et nourrit ainsi un certain espoir d'une autre vie... pour l'un comme pour l'autre.
 
Ce n'est pas seulement le couple qui est mis en question comme dans la séquence qui donne son titre à l'ensemble :"Orgasme et Violon", remarquable à cet égard, et qui justifie pleinement - et érotiquement !- son titre. Plus généralement, la plupart des personnages ressentent une peur de l'Autre, la peur de sortir de la coquille de leur ego... Paradoxe quand l'Autre se présente comme un miroir de soi. On rejette alors cette image insatisfaisante.

Des instantanés révélateurs
 
Deux jeunes acteurs de talent et de présence égaux : Emmanuel De Candido et Laura Fautré une heureuse découverte. Ils sont deux pour dix personnages d'âge et de caractères très différents qu'ils endossent avec fluidité, se limitant à l'usage d'un accessoire, d'une étole ou d'une veste; ils sont, à chaque transformation, tout à fait crédibles.

De la même façon, ils jouent les régisseurs de plateau pour un décor modulable, très ingénieux dans sa simplicité (des dessins de meubles et dse contours blancs sur des caisses noires), soit une belle scénographie de Marie-Christine Meunier qui utilise au maximum les ressources (limitées) du plateau des Riches-Claires. Les lieux évoqués sont aussi variés que les personnages : discothèque, arrêt de bus, salon, chambre, cabine téléphonique. La lumière de Nicolas Verfaillie contribue à les situer dans l'imagination du spectateur.
 
Une bande-son et des tableaux muets font le lien entre les séquences qui s'enchainent sans temps mort. Mais le plus grand support pour les comédiens est un texte de qualité à l'humour lucide et caustique, des dialogues vifs et nerveux, parfois avec le ton détaché du Woody Allen des beaux jours. A la fin, c'est comme un rebobinage des séquences qui donne une nouvelle chance à l'humain, un espoir, qui sait...

On se promettait, il y a une dizaine d'années, de ne pas perdre de vue ces nouvelles têtes dont Emmanuel De Candido (notamment "Novocento") et Philippe Beheydt. Depuis, on a vu, revu, ce dernier, acteur et metteur en scène de ses propres pièces. Alors qu'on apprécie chez l'auteur la maitrise acquise au fil des années, on découvre qu'il a fait place ici à un autre metteur en scène, Olivier Lenel, acteur également (vu dans"Chatroom, Kinky Birds, Un cratère à cordes...") qui est bien loin de démériter, au contraire.

le 16 mai 2017 à 18:28
De : Flament Viviane Titre : Orgasme et violon Encore une fois, je suis entièrement d'accord avec Suzane Vanina qui exprime très bien ce que j'ai ressenti en voyant cette pièce jouée avec beaucoup de talent par ces deux jeunes comédiens.
Orgasme et Violon
Bruxelles - Belgique Du 20/04/2017 au 06/05/2017 à ma-sa: 20h30 - me: 19h +"Lundi-Théâtre" 24/04: 20h30 + Matinée 25/04 : 14h Centre Culturel des Riches-Claires rue des Riches-Claires, 24, 1000 Bruxelles Téléphone : +32(0)2 5482580. Site du théâtre Réserver  

Orgasme et Violon

de Philippe Beheydt

Théâtre
Mise en scène : Olivier Lenel
 
Avec : Emmanuel De Candido, Laura Fautré

Scénographie: Marie-Christine Meunier
Création lumière: Nicolas Verfaillie
Régie: Lucien Elskens

Durée : 1h30 Photo : © Bartolomeo La Punzina  

Création-production : Cie Reste Poli Productions (BE)
Accueil : CC des Riches-Claires (Bruxelles)

A propos de l'auteur, revoir:
http://ruedutheatre.eu/article/368/dans-le-secret-de-ma-paume/
http://ruedutheatre.eu/article/661/la-boite-en-coquillages/
http://www.ruedutheatre.info/article-12651665.html (A un jet de pierre de Pristina )