Noël TINAZZI Paris
Contact
Publié le 21 avril 2017
« La Fille de neige », opéra de Rimski-Korsakov, réactive la tradition musicale russe. Tout en actualisant le mythe païen du retour du printemps, le metteur en scène Dmitri Tcherniakov crée des tableaux d’une grande force poétique.

« Conte de printemps ». Le sous-titre de l’opéra de Rimski-Korsakov définit bien la nature de cet hymne païen au renouveau de la nature et à la communauté des humains. Troisième des opéras du prolifique Rimski-Korsakov, qui en composa quatorze, cet opéra en quatre actes au long cours (trois heures) déploie toutes les ressources musicales de la tradition populaire russe. Tradition que le compositeur, membre actif du Groupe des cinq, voulait réactiver en se libérant de toute influence occidentale.

Créé en 1882 à Saint-Pétersbourg « La Fille de neige » est inspiré d’une pièce du dramaturge Alexandre Ostrovski qui puise dans les traditions folkloriques et les mythologies russes célébrant la fin de l’hiver et le retour du dieu-soleil Yarilo. A cette source s’abreuvera également Stravinsky  pour créer trente ans plus tard son révolutionnaire « Sacre du printemps ».  A l’occasion des fêtes agraires de printemps, des sacrifices humains sont organisés sous la forme symbolique de mannequins de paille mis à feu. La Fille de neige est l’une de ces victimes, condamnée à fondre dès l’arrivée des premiers rayons du soleil.

Fruit des amours improbables de la Fée Printemps et du Père Gel, Fille de neige – dite aussi Fleur de neige – est une créature hybride venue perturber le rythme des saisons et provoquant pour cela la colère du dieu Yarilo. Elle rejoint les humains qui forment la communauté des Bérendeïs, peuple de la forêt, mené par un tsar-gourou qui organise les festivités de printemps, célèbre les mariages et règle les différends. Quoique très attirée par le berger Lel et les sublimes chansons qu’il prodigue, Fleur de Neige souffre d’un mal terrible : elle ne connaît pas l’amour. Toutes les péripéties plus ou moins confuses de l’intrigue ramènent à cette souffrance originelle qui ne s’éteindra qu’avec la mort de l’héroïne, d’où naîtra un bien pour la communauté.

Forêt enchantée

L’équipe artistique est majoritairement russe et c’est tant mieux tant ce répertoire est particulier. A commencer par le metteur en scène Dmitri Tcherniakov, dont on a célébré récemment la réalisation du duo « Iolanta/Casse-Noisette », de Tchaïkovski, à l’Opéra Garnier. Le metteur en scène sait actualiser le mythe tout en créant des tableaux d’une grande force poétique qui s’impriment dans les mémoires. Telle la forêt enchantée du dernier acte où les arbres entament une ronde non moins gracieuse que celle des humains

Sorte de hippies à la sauce tartare (si l’on ose dire), les Bérendeïs vivent dans des mobile-home au centre d’une clairière cernée par l’épaisse et mystérieuse forêt. Tables de camping, vaisselle en plastique aux couleurs fluos et jeans moulants se mêlent sans problème aux éléments du folklore, tuniques blanches bordées de rouge et autres couronnes de fleurs dans les cheveux.

Russe également, le jeune chef Mikhail Tatarnikov, qui dirige avec une belle prestance l’Orchestre et les Choeurs de l’Opéra de Paris, remarquablement acclimatés à ce répertoire. Le chef fait résonner dans l’ample salle de la Bastille les intonations du terroir russe, les mélodies et les couleurs de la très riche instrumentation conçue par Rimski-Korsakov.

Russes enfin, la plupart des chanteurs. Dont la soprano Aida Garifullina qui incarne une Fleur de neige à la silhouette gracile mais d’une grande amplitude vocale. Remarquable également, le contre-ténor Yuriy Mynenko qui joue le barde Lel avec une élégance nonchalante. Dans le trio de tête figure la soprano viennoise Martina Serafin qui campe avec une autorité souveraine, Koupava, l’ardente berendeï trahie par son volage promis.

La Fille de neige
Paris Du 15/04/2017 au 03/05/2017 à 19h Opéra Bastille 130, rue de Lyon Téléphone : 08 92 89 90 90. Site du théâtre Réserver  

La Fille de neige

de Nikolaï Rimski-Korsakov

Opéra
Mise en scène : Mikhail Tatarnikov
 
Avec : Aida Garifullina, Yuriy Mynenko, Martina Serafin, Thomas Johannes Mayer, Maxim Paster, Ekaterina Semenchuk

Direction musicale : Mikhail Tatarnikov

Décors : Dmitri Tcherniakov

Costumes : Elena Zaytseva

Lumières : Gleb Filshtinsky

 

 

Durée : 3h Photo : © Elisa Haberer