Noël TINAZZI Paris
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Publié le 20 avril 2017
Une pièce de Merce Cunningham et deux de William Forsythe entrent au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris. Les deux chorégraphes de la post-modern dance paraissent toujours résolument d’avant-garde.

Placé sous le signe de l’école américaine et de la post-modern dance, le nouveau programme du Ballet de l’Opéra de Paris balaie le dernier tiers du XXème siècle. Avec trois pièces qui bravent le conformisme de la danse classique et même de la danse moderne. Et deux chorégraphes en phase avec des artistes de leur temps, aussi bien plasticiens que musiciens, collaborant à des pièces qui fuient comme la peste toute forme d’illustration.

Paradoxalement, le ballet le plus ancien, celui qui ouvre la soirée, est aussi le plus radical par ses prises de risques. Monté par Merce Cunningham en 1968, « Walkaround Time » acclimate à la danse les « ready-made » chers à Marcel Duchamp. Véritable puzzle visuel et sonore, le ballet est constitué de trois éléments, musique-danse-décors, qui apparaissent simultanément mais indépendamment les uns des autres, chacun menant un discours parallèle. 

Cunningham s’appuie sur une « œuvre » fameuse de Marcel Duchamp, « La Mariée mise à nu par ses célibataires, même », dite aussi « Le Grand Verre » car peinte sur des panneaux de verres. Surréaliste en diable, l’œuvre datée de 1923, qui prétend représenter une mécanique érotique, est reconfigurée en 1968 pour la scène par Jaspers John, qui la décompose en plusieurs cubes de plastique transparent éparpillés sur le plateau entre lesquels évoluent les danseurs.  Ces éléments sont rassemblés à la fin de la pièce d’une durée de 50 minutes de façon à reconstituer le « tableau » initial.

Pour sa part, la bande-son est composée à partir de « sons trouvés » par le musicien David Behrman, bruits de pas sur le gravier, enregistrement de musiques populaires, de tangos argentin, commentaires de Marcel Duchamp… le tout spatialisé dans la salle de l’Opéra Garnier.

La chorégraphie proprement dite démarre sur des mouvements empruntés aux exercices d’échauffements, et évolue en mouvements ordinaires formant des éléments aléatoires qui apparaissent et reviennent parfois. Le langage chorégraphique est absolument novateur, totalement abstrait. Abscons, diront les paresseux.

L'unité illusoire du mouvement

Plus courtes, les deux pièces de William Forsythe qui forment la deuxième partie du spectacle n’en sont pas moins tout aussi novatrices, déstructurant le langage de la danse classique, poussant l’ossature du ballet traditionnel à ses limites.

En un quart d’heure, « Trio » (1996) développe et reprend des extraits du Quatuor N°15 de Beethoven pour mettre en évidence les points d’équilibre des trois danseurs ainsi que le jeu sur le poids du corps. Le but est de déconstruire l’unité illusoire du mouvement .

Un peu plus long, « Herman Schmerman » (22 minutes), toujours du même Forsythe, fait apparaître ce qui est le plus souvent invisible et se compose en deux temps de danse pure sur une musique électronique de Thom Willems. Le premier temps est un choral parfaitement réglé, exécuté par cinq danseurs; le second, un pas de deux d’une vélocité et d’une virtuosité prodigieuses. L’ensemble est éblouissant.

Merce Cunningham, William Forsythe
Paris Du 15/04/2017 au 13/05/2017 Opéra Garnier Place de l'Opéra Téléphone : 08 92 89 90 90. Site du théâtre Réserver  

Merce Cunningham, William Forsythe

de Merce Cunningham et William Forsythe

Danse
Mise en scène : Merce Cunningham et William Forsythe
 
Avec : Ballet de l'Opéra de Paris

Costumes : Stephen Galloway, Gianni Versace, William Forsythe

Lumières : Beverly Emmons, William Forsythe

Durée : 1h50 Photo : © Anne Ray