Vera
Noël TINAZZI Paris
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Publié le 30 mars 2017
Au Théâtre des Abbesses, « Vera », du tchèque Petr Zelenka, retrace en courtes séquences drôles et amères l’ascension et la chute d’une femme d’affaires. Entourée d’une poignée d’acteurs qui jouent plusieurs rôles, chantent et dansent, Karine Viard campe une ambitieuse dévorée par le libéralisme sans scrupules qu'elle avait défendu.

Grandeur et décadence d’une femme d’affaires découvrant l’horreur du libéralisme. Ce pourrait être le sous-titre  de « Véra », du cinéaste et dramaturge tchèque Petr Zelenka. La pièce révèle l’amère désillusion des protagonistes de la révolution de velours qui, fin 1989, ont vu la Tchécoslovaquie enfin libérée du carcan soviétique. Et ont découvert l’envers de la liberté tant espérée. Avec son cortège de cruauté, de cynisme, de trahison, d’absence totale de scrupules et de valeurs humaines. Bref, le libéralisme dans toute sa splendeur, sans aucun garde-fou.

Petr Zelenka exploite son expérience de scénariste et réalisateur de cinéma (auteur entre autres du film « Lost in Munich ») pour écrire des séquences courtes qui se succèdent à un rythme soutenu. Les metteurs en scène, Elise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo (ce-dernier jouant également dans la pièce), entraînent les six acteurs, qui incarnent chacun plusieurs rôles, dans un tourbillon perpétuel menant jusqu’à la chute finale. Des films vidéo projetés sur le pourtour de la scène offrent une contre-plongée sur le hors-champ du récit : scènes heureuses de l’enfance de Karine Viard sur la plage, gros plans sur les personnages dans l’ascenseur, vidéos de téléréalité…

Bonne trouvaille scénique, l’ascenseur social, moteur de la pièce, est figuré dans la scénographie par un ascenseur bien réel, tout du moins ses portes, qui débouchent sur l’enfer moderne : le bureau de Véra, le salon de famille où le vieux père est en fin de vie, puis les divers lieux où Véra traîne et consomme sa déchéance.

Avec l’abattage et l’énergie qu’on lui connait (et même encore  davantage) Karine Viard n’incarne qu’un seul rôle, celui de Véra. Et c’est bien suffisant tant elle est de tous les plans ! Changeant de costumes à la vitesse grand V, les acteurs n’hésitent pas à pousser la chansonnettede temps à autre. Luxueuse, la production a même recruté l’inusable Michel Drucker pour une séquence vidéo où il devise avec une actrice (Héléna Noguerra) qui exploite son cancer pour la téléréalité.

Démon de la réussite

Au commencement tout va bien pour Vera. Directrice d’une agence de casting à Prague, une boîte qui marche bien et qu’elle a montée elle-même dans les années 2000, elle lui sacrifie tout. A commencer par la famille, et tout ce qui fait la qualité de vie. Le téléphone vissé à l’oreille, Vera n’a pas une seconde à elle. A peine celui de reconnaitre à la morgue le corps d’une actrice vieillissante qu’elle a poussée au suicide en  la traitant de hasbeen.

L’argent et le champagne coulent à flots jusqu’au jour où Véra, dévorée par le démon de la réussite, fusionne avec la société anglaise leader dans son créneau. Sans voir qu’en réalité, elle en perd le contrôle. Du coup, le couple de requins mandatés à Prague par l’invisible big boss se font de plus en plus pressants. Exigeant d’elle ce qu’elle ne veut pas faire : demander à ses top models et à ses acteurs de faire la pute. Elle y viendra cependant, contrainte et forcée, mais trop tard.

Car c’est bien connu, le capitalisme est insatiable, en demande toujours plus. Véra n’arrivant plus à suivre devra céder la place. A partir de quoi débute la glissade vertigineuse vers la déchéance morale et physique. Terrible !

Paris Du 23/03/2017 au 08/04/2017 à 20h30 Théâtre des Abesses 31 rue des Abbesses, 75018 Paris Téléphone : 01 42 74 22 77. Site du théâtre Réserver  

Vera

de Petr Zelenka

Théâtre
Mise en scène : Elise Vigier et Marcial di Fonzo Bo
 
Avec : Karin Viard, Helena Noguerra, lou Valentini, Pierre maillet, Marcial di Fonzo bo, Rodolfo de souza

Version pour la scène : Pierre Notte

Décors : Marc Lainé, Stephan Zimmerli

Costumes : Anne Schotte

Durée : 2h Photo : © Tristan Jeanne-Vales