Noël TINAZZI Paris
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Publié le 23 mars 2017
Avec « Les larmes d’Œdipe » au Théâtre de la Colline Wajdi Mouawad croise mythe ancien et histoire contemporaine. Hiératique, le spectacle est un oratorio pour trois acteurs, dont un chanteur.

Fin d’un cycle au Théâtre de la Colline par celui qui est en devenu le patron il y un an, Wajdi Mouawad. « Les larmes d’Œdipe » conclut le travail de l’auteur, acteur, metteur en scène sur les sept tragédies intégralement conservées de Sophocle. Un cycle de cinq années réalisé avec une équipe franco-canadienne, la totalité présentée à Mons 2015 capitale européenne de la culture.

Cycle non sans heurts ni avanies, la plus grave étant la disparition du poète Robert Davreu à qui Mouawad avait confié la traduction de tout le corpus. Cette perte au milieu du gué a entraîné  le metteur en scène à s’emparer lui-même du texte de Sophocle. Une réappropriation complète tant dans la forme que dans le sens.

Très librement adapté d’« Œdipe à Colone », la pièce est le récit de la dernière journée d’Œdipe, sur le lieu où il doit mourir et être enterré, que Mouawad a significativement situé dans le théâtre antique d’Athènes. Les trois acteurs à quoi se résume la pièce apparaissent derrière un rideau dans un cercle de lumière se détachant en ombres chinoises sur un fond rouge. Un procédé très statique qui rappelle la céramique à figures noires des poteries grecques antiques, vases, cratères, amphores où les motifs sont peints en noir sur un fond rouge. Procédé qui oblige à une économie de mouvement drastique mais pas de voix.

Athènes en révolte

Donc, selon l’oracle, Œdipe est arrivé au terme de sa vie. Le vieillard aux yeux crevés, accompagné de sa fille et sœur Antigone, se couche sur le tertre inconnu et désolé où ils ont échoué. Mais un coryphée surgit, un chanteur venu se réfugier dans cette arène et apportant des nouvelles de la ville proche dont on entend les grondements de colère. Athènes est en révolte, un jeune homme de 15 ans, Alexandros Grigoropoulos, a été mortellement atteint par une balle de policiers.

Exaltée par la belle voix du chanteur d’opéra Jérôme Billy, l’histoire d’Alexandros est vraie : le jeune homme a été abattu lors des premières émeutes contre la crise de 2008, dans le quartier d’Exarcheia, quartier chaud du centre d’Athènes où la police en principe n’ose pas mettre les pieds. 

Sur scène, à mesure que le récit avance comme une cérémonie, deux générations se confondent. Et l’agonie d’Alexandros finit par se fondre en celle d’Œdipe. En s’enfonçant dans le labyrinthe des mots, Œdipe, exhorté par Antigone, trouve les paroles qui donnent sens conjointement à son propre destin et à celui d’Alexandros. Et répond par l’humain à l’énigme de la sphinge, ce monstre qui menace de les dévorer.

On peut être irrité par le côté simpliste et artificiel du rapprochement. Et/ou être envoûté par la beauté des images et la puissance du chant.

Les Larmes d'Œdipe
Paris Du 23/03/2017 au 02/04/2017 à 20h30 Théâtre National de La Colline 15 rue malte-Brun, 75020 Paris. Téléphone : 01 44 62 52 52. Site du théâtre

Dimanche à 15H30

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Les Larmes d'Œdipe

de Wajdi Mouawad d'après Sophocle

Théâtre
Mise en scène : Wajdi Mouawad
 
Avec : Jérôme Billy, Charlotte Farcet, Patrick Le Mauff

Scénographie : Emmanuel Clolus

Lumières : Sébastien Pirmet

Compositions chantées originales : Jérôme Billy

Musiques originales : Michael Jon Fink

Réalisation sonore : Michel Maurer

Son : Jérémie Morizeau

Costumes : Emmanuelle Thomas

Durée : 1h40 Photo : © Pascal Gely