Suzane VANINA Bruxelles
Contact
Publié le 24 mars 2017
Qui ne connaît la malheureuse histoire de ce vieux savant, le docteur Faust, qui avait vendu son âme au diable, Méphisto, pour retrouver sa jeunesse et séduire puis abandonner une belle-et-pure jeune femme, Marguerite ? L'histoire popularisée par Berlioz reste la trame du spectacle même si l'intérêt de l'auteur de 2017 se place bien ailleurs qu'à montrer le tragique attrait de Marguerite pour les bijoux...

Si l'on peut à juste raison s'interroger sur l'existence du Diable, on peut aussi se demander où Goethe a puisé son inspiration pour ce qui est devenu un mythe. Sous la plume de Marlowe (en 1588), Méphistophélès, le diable,"l'un des principaux seigneurs de l'enfer", comme le définissait Roland Casseneuve auteur d'un monumental "Dictionnaire du Diable" (Bordas,1989) est un élément porteur, l'histoire du Dr Faust aussi. Le modèle en serait un certain Georges Sabellicus. Né en Souabe en 1480, assassiné à Sauten-en-Brigau en 1540, il prétendait s'être rendu aux Enfers et on sait qu'il pratiqua la magie à Prague.

Depuis les auteurs d'origine, Lessing et puis Goethe, on retrouve ce Faust, en personnage de légende du genre "maudit" dans les partitions de Berlioz, Boïto et Gounod... et autres remises en forme plus modernes dont tout dernièrement le spectacle musical imaginé par Bob Wilson pour le théâtre du Châtelet à Paris (http://www.ruedutheatre.eu/article/3420/faust/). Et puis comment oublier le "Marguerite de la Nuit" , ce film de Claude Autant-Lara, envoûtant, sublime...

Au diable toutes ces précisions et références ! Ici le ton est nettement plus à la fantaisie, si débridée qu'elle ne passe pas toujours la rampe ; les clins d'oeil ne manqueront pas, ne rendant pas plus clair le propos général... tandis que la mise en abyme (la pièce dans la pièce) achèvera de désorienter le spectateur.

Thierry Debroux est à la fois auteur de cette nouvelle version (sur base des "Urfaust, Faust I et Faust II" de Goethe) mais il est également directeur de ce théâtre du Parc. Y aurait-il chez lui l'angoisse de la page blanche s'ajoutant à celle de la salle vide ? C'est donc un directeur de théâtre que l'on voit sur scène (comme Goethe l'avait prévu) et qui a mis à l'affiche... Faust. Il se double d'un metteur en scène imprévoyant, capricieux et enclin à la rêverie (et au cauchemar) ainsi que d'un acteur vieille école. 

Faust-directeur-metteur en scène s'est avisé (un peu tard, non ?) qu'il n'avait pas encore distribué le rôle si important de Méphisto alors que lui-même s'est réservé celui de Faust - Méphisto-le-vrai, en personne, se chargera de réparer cet oubli en surgissant de nulle part, comme il se doit - il avait pourtant eu une idée géniale (et quelque peu mysogine) : le faire jouer par une femme. Pour cela il a prévu une audition d'une journée et six actrices attendront leur passage devant et avec Faust-metteur en scène-acteur qui n'a même pas une notion claire (la note d'intention) de son projet: tragédie ? mélodrame ? comédie musicale ? ou burlesque ? ou romantique ?
 
Ce sera donc l'occasion de visiter des genres divers et celle, aussi de donner un très beau rôle à Fabian Finkels, un vrai Diable moderne. On comprend le glissement du titre à son profit. Sans écraser les autres personnages, c'est bien lui, Méphisto, qui mène le jeu, avec séduction, et Faust/Guy Pion en devient falot.

Le poste du régisseur est une voix off  (il s'appelle Wagner) mais les autres sont bien sur le plateau ou dans les coulisses d'un théâtre imaginaire (dont une maquette représente pourtant celui dans lequel se trouve le présent public). Il y a la fidèle Cordélia/Béatrix Ferauge, assistante du metteur en scène, et puis les candidates au rôle de Méphisto qui vont également jouer d'autres personnages (dont des sorcières et... Marguerite). Elles sont six : Mireille Bailly (Laure), Birsen Gülsu (Thea), Elisabeth Karlik (Hélène), Colline Libon(Charlotte), Anouchka Vingtier (Bianka), Chloé Winkel (Juliette). 
 
Le Théâtre Royal du Parc s'ouvre de plus en plus à la collaboration avec d'autres compagnies et lieux théâtraux. Ce spectacle s'est monté en collaboration (pour la 3ème fois) avec le Théâtre de L’Eveil dirigé par Guy Pion et Béatrix Ferauge, et la Compagnie Pop-Up pour la mise en scène et  la conception artistique générale.

Grâce à l'imagination et la créativité de Pop-Up, soit Axel De Booseré et Maggy Jacot, le soutien en lumière de Gérard Maraite, en son de François Joinville et musique originale de Pascal Charpentier, sans oublier les costumes, masques et maquillages (d'Urteza Da Fonseca), la fluidité des changements de lieux ou de situations, et toutes sortes de "diableries" et effets variés... la pièce s'inscrit dans l'option grand spectacle conçu pour le plaisir du public fidèle, ainsi qu'il y est accoutumé depuis quelques saisons.

Méphisto
Bruxelles - Belgique Du 02/03/2017 au 01/04/2017 à ma-sa: 20h15 - di: 15 h - sa 01/04/2017: 15 h Théâtre royal du Parc 3 rue de la Loi, Bruxelles Téléphone : +32(0)2.505.30.30. Site du théâtre Réserver  

Méphisto

de Thierry Debroux d’après Goethe

Théâtre
Mise en scène : Axel De Booseré et Maggy Jacot
 
Avec : Mireille Bailly, Béatrix Ferauge, Fabian Finkels, Birsen Gülsu, Elisabeth Karlik, Colline Libon, Guy Pion, Anouchka Vingtier, Chloé Winkel

Conception artistique et réalisation: Axel De Booseré et Maggy Jacot
Assistanat à la mise en scène et chorégraphie: Darren Ross
Assistanat à la scénographie: Rüdiger Flörke et Fabienne Damiean - Peinture du décor: Geneviève Périat - Réalisation des costumes: Françoise Van Thienen, Christine Picqueray, Elise Abraham - Stagiaire: Margaux Vandervelden - Menuisiers: Yahia Azzaydi, Patrick Cautaert, Lucas Vandermotten
Lumière: Gérard Maraite
Musique originale: Pascal Charpentier
Son: François Joinville 
Maquillages,coiffures, masques: Urteza Da Fonseca - Maquilleuse: Florence Jasselette - Stagiaires: Cindy Planckaert, Yasmin Vroonen - Habilleuse: Gwendoline Rose
Direction technique: Gérard Verhulpen - Régie: David Lempereur - Régie plateau: Cécile Vannieuwerburgh - Régie Lumière: Noé Francq - Régie son: Jérémy Vanoost
Accessoiriste: Zouheir Farroukh:

Durée : 1h40 Photo : © Zvonock  

Création-coproduction: Théâtre de l’Eveil/Compagnie Pop-Up/Théâtre du Parc, Bruxelles
Soutiens: Centre des Arts scéniques/Fédération Wallonie-Bruxelles, Service du Théâtre/Echevinat de la Culture de la ville de Bruxelles

Voir : Claude Autant-Lara, Marguerite de la nuit (1955), Gaumont, DVD coll. A la demande, 2013

Lire : Pierre Mac Orlan, Les Cahiers Rouges, Paris, Grasset, 2011 (l'oeuvre de Pierre Mac Orlan dont s'est inspiré Autant-Lara)