Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 13 mars 2017
Une exploration minutieuse de ce que c'est "former un couple", de ce qui le maintient en vie et de ce qui le détruit...

Ils pénètrent sur le large plateau dépouillé avec le petit sourire en coin "on vous met dans le coup, public", devenu de tradition dans la plupart des productions actuelles. Et ils s'installent "à la table", souvenir du travail de préparation au spectacle. Mise à distance annoncée.

"Ils" ce sont Catherine Salée et Yoann Blanc qui vont mettre tout leur talent au service de Marguerite Duras, en vêtements ordinaires, sans décor sophistiqué: deux panneaux de métal froid au fond, une table, deux chaises, un canapé, des micros fixes... Au spectateur d'imaginer le hall d'un petit hôtel de province, en début de nuit, celle qui doit précéder le "prononcé du divorce" ?

C'était là qu'Anne-Marie Roche et Michel Nollet avaient vécu une relation passionnée il y a quelques années. Etaient-ils mariés ? Il ont repris leurs noms avant la liquidation totale des biens communs. Ils vont tenter de comprendre ce qui a bien pu les amener à ce "constat d'échec du couple", après les avoir fait passer par des moments dramatiques intenses allant jusqu'aux envies de suicide pour l'une, de meurtre pour l'autre.

En ouverture, pourrait-on dire, les acteurs lisent donc "La Musica" de 1965, disdascalies comprises. L'alternance de vouvoiement et de tutoiement, ce dernier plus employé à la fin, indiquerait le passage vers l'intime, ce qui serait aussi une tentative de toucher le spectateur, témoin-voyeur de l'intimité de deux ex-amants...

Rien ne viendra troubler la "représentation" de cette pièce caractéristique de ce qu'on a appelé en son temps: "la Nouvelle Vague". La relecture de cette "Musica" - doublement chère à l'auteure qui, après en avoir commis une première version, la remodèle une deuxième fois vingt ans plus tard avec cette "Musica Deuxième"- a séduit une jeune metteure en scène, Guillemette Laurent, remontant l'ensemble plus de trente ans après.

Peu de différences entre les deux versions, ce qui amène des répétitions que l'on pourra trouver inutiles si l'on perd de vue que Duras se voulait une compositrice-arrangeuse à la manière d'une musicienne... des mots. Petites variations donc, et final inattendu.  

Alors que les adresses au public seront nombreuses, la distance avec le texte et son récit sera quasi permanente. Catherine Salée "joue" Anne-Marie Roche et Yoann Blanc "joue" Michel Nollet, et ils le font avec brio et complicité, avec toute leur expérience des planches qui leur permet d'être audibles jusque dans leurs chuchotements.

Eux qui s'étaient trouvés sur le tournage de la série télé belge "La Trêve", en parfaite adéquation avec leurs personnages, les voici qui jouent donc à être ces êtres de papier et de parole(s). Ils veulent être... rien que "Un homme-Une femme", leurs séparation et retrouvailles, mais de toute évidence, ils appartiennent à un milieu bourgeois et ont des personnalités si marquées que l'on aurait du mal à s'identifier à Anne-Marie ou à Michel.

Duras n'a rien d'une philosophe, encore moins d'une moraliste. Simplement elle raconte et dissèque les contrastes de la vie : parole/silence, présence/absence, amour/désamour... - "Un amour pareil/un enfer pareil"-. Et elle s'attache à ses mystères, notamment et surtout dès qu'il s'agit d'attirance, d'amour, entre les êtres. Reste à admirer la prestation originale et personnelle de deux grands acteurs qui réussissent à captiver par la magie de leur présence et de leur talent.

 

La Musica Deuxième
Bruxelles - Belgique Du 07/03/2017 au 18/03/2017 à ma-sa: 20h30 - me: 19h30 + je 9/03: 13h30 Théâtre Océan Nord Rue Vandeweyer 63/65, Bruxelles Téléphone : 022429689. Site du théâtre Réserver  

La Musica Deuxième

de Marguerite Duras

Théâtre
Mise en scène : Guillemette Laurent
 
Avec : Yoann Blanc, Catherine Salée

Scénographie, costumes: Christine Grégoire, Nicolas Mouzet-Tagawa 
Création lumière: Julie Petit-Etienne
Création des panneaux: Stéphane Arcas, Claude Panier
Régie: Nicolas Sanchez

Durée : 2h Photo : © Michel Boermans  

Création-production: Le Colonel  Astral
Coproduction: Théâtre Océan Nord, Bruxelles
Diffusion: Stéphanie Barboteau (Audience/Factory)
Accueil en résidence : Théâtre Océan Nord, Bruxelles