Michel VOITURIER Villeneuve d'Ascq
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Publié le 10 mars 2017
L’univers, désormais omniprésent, presque omnipotent, des réseaux sociaux sur le net est le sujet de la pièce de Guillaume Corbeil. Il révèle à la fois la banalité des expressions, le besoin d’exister, la solitude des individus perdus au sein de notre société foisonnante et superficielle.

Cette approche des nouveaux moyens d'expression sur le web de la majorité autrefois silencieuse prend forme à la manière d’un oratorio. Le texte, en effet, est essentiellement composé de listes, d’inventaires tels que Prévert l’a popularisé jadis dans un poème célèbre et que, surtout, Pérec, a utilisé à foison pour tenter de décrire le monde qui l’entourait.

Pour les pratiquants de cette religion laïque qui consiste à se dévoiler plus ou moins complètement et sincèrement devant la foultitude d’internautes susceptibles de se connecter avec d’autres individus, il s’agit de dire qui on est censé être. Ce qu’on aime, ce qu’on déteste, les actes ordinaires que l’on pose, les noms de ceux qu’on connait ou fréquente… Et puis, puisque l’écran d’un ordinateur est d’abord visuel, montrer et commenter les photos de soi, des siens à travers la banalité des gestes et situations du quotidien le plus commun.

Cette accumulation de mots et d’images déferle sur scène. Elle donne le tournis. Elle emporte au loin le besoin de penser en le remplaçant par l’immédiateté éphémère et un monceau d’informations envoyées pêle-mêle sans filtre. Cela provoque une sensation d’épuisement, d’agacement, d’annihilation de tout esprit critique. On se trouve, paradoxe !, face à un grand vide plein à déborder.

Tel que conçu par Antoine Lemaire, le spectacle se déroule comme une œuvre de musique répétitive à la Reich, à la Riley, à la Nyman, à la Einaudi. Mais ce qui devenu familier à l’écoute de ces compositions prend une autre dimension au théâtre. Car si non seulement les thèmes se réitèrent, la façon de les traiter aussi, qui amène les comédiens à hausser un peu plus la voix durant chaque séquence jusqu’à vitupérer, apostropher, invectiver. Cette permanence de la tension fatigue, lasse, agace comme tout paroxysme inscrit dans la durée jusqu’à devenir cacophonie, harcèlement, agression.


Certes, cela convient bien au fonctionnement des réseaux sociaux. Mais l’issue ultime à la vacuité du journalier et de l'existence qu’est le suicide qui vient clore cet oratorio fulminant en dit moins qu’une pièce comme « Chatroom » d’Enda Walsh à travers le dépouillement de sa parole.

Nous voir nous. Cinq visages pour Camille Brunelle
Villeneuve d'Ascq (Lille) Du 28/02/2017 au 04/03/2017 à ma me ve 20h je 19h La Rose des Vents Boulevard Van Gogh, Téléphone : 0320 61 96 96. Site du théâtre Réserver  

Nous voir nous. Cinq visages pour Camille Brunelle

de Guillaume Corbeil

Théâtre
Mise en scène : Antoine Lemaire
 
Avec : Chloé André, Cédric Duhem, Caroline Mounier, Rodrigue, Charlotte Talpaert

Création vidéo : Franck Renaud, Pierre Hubert
Création musique :
Richard Guyot
Sond :
JUlien Feryn
Lumière :
Caroline Carlier
Costumes :
Alexandra Charles
Administration :
Mélanie Leguay

Durée : 1h20 Photo : © DR  

Coproduction La rose des vents(Villeneuve d’Ascq)/Le Manège (Maubeuge)/Compagnie Thec
Coréalisation
Théâtre Massenet (Lille Fives) 
Soutien :
DRAC Hauts-de-France Nord Pas de Calais-Picardie/ Conseil Régional des Hauts de France / Conseil Départemental du Nord

Comparer : http://www.ruedutheatre.eu/article/87/chatroom/

Lire : Guillaume Corbeil, Nous voir nous. Cinq visages pour Camille Brunelle, Montréal, Leméac, 2013, 120 p.

Prix : Michel Tremblay/CEAD / Meilleur texte de l'Association québequoise des Critiques de Théâtre/ prix du public Festival d'Ecrirure dramatique contemporaine (Sarrebruck) (2013)