Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 14 février 2017
"Elle", c'est Virginie Despentes, l'auteure dont trois actrices font une lecture théâtralisée de son essai, en suivant méthodiquement les chapitres de l'ouvrage, les sujets qu'elle y aborde: viol, prostitution, masturbation féminine, films porno... féminisme-anti-sexisme, bien sûr.

C'est un peu le lieu théâtral, nouvellement inauguré, présence insolite dans le "temple du rire" (comme se nomme lui-même le TTO), ce "Little TTO", qui secoue le bon public, davantage que le spectacle. Il y aurait, à première vue, comme "une inadéquation"... mais elle est justement bien salutaire ! Il faut la saluer.

Le thème du "féminisme" est plutôt porteur cette saison; en témoignent des créations avec des sujets qui l'abordent par le biais ou directement. Notons qu'elles avaient elles-mêmes été précédées, voici quelques années, de deux spectacles autour d'une personne, "un personnage", Grisélidis Réal*, qui peut faire penser à cet autre, beaucoup plus connu, qu'est Virginie Despentes, aussi contestée et engagée, mais moins sympa (Virginie Despentes rejoindrait plutôt la figure farouche de Valérie Solanas-SCUM, ardente opposée au sexe mâle dans les années 70 !)
 
Virginie et Grisélidis ont en commun certaines de leurs déclarations à propos de la prostitution, qu'elles ont toutes deux pratiquée librement : "Si le contrat prostitutionnel se banalise, le contrat marital apparaît plus clairement comme ce qu’il est : un marché où la femme s’engage à effectuer un certain nombre de corvées assurant le confort de l’homme à des tarifs défiant toute concurrence. Notamment les tâches sexuelles". C'est, théoriquement , mais il y aurait des réserves à émettre, comme pour d'autres prises de position tranchées, sans nuance, et assénées avec force, par Virginie Despentes. On a plutôt l'impression chez cette dernière, d'un combat personnel, assorti d'un règlement de comptes, plutôt qu'une revendication générale de respect de la Femme.
 
Pour elle, rien de bien neuf concrètement depuis le MLF, les écrits, engagements, spectacles, films... et l'aventure oubliée ou cachée de toutes ces femmes de l'ombre (plus ou moins épaisse) qui émergèrent (surtout vers les années 70) et dont les héritières continuent encore, maintenant, leur/s lutte/s.
Pas de repères historiques comme dans un tout récent spectacle*... mais une voix, pleine de colère et le style direct, brutal, d'une femme écrivaine qui ne manque pas d'ironie féroce, certes, se voulant quelque peu "anarchique".

Son essai libertaire, ce "Manifeste pour un nouveau féminisme", dénonce les tabous et les abus, et c'est à ce titre-là qu'il reste plus que pertinent, plus qu'utile sans doute dans une société encore "embourgeoisée" dans certaines de ses strates : "...parce que l’idéal de la femme blanche séduisante qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu’il n’existe pas".

Une voix, trois porte-voix...

L'adaptation pour le théâtre est assumée par la comédienne Julie Nayer, bien connue du milieu "CTEJ"/spectacles pour la Jeunesse, assistée de Lisa Cogniaux. Avec une scénographie signée Pol Art, l'option est plutôt minimaliste: dispositif frontal, adresses au public et vidéos en projection sur écran fixe (sauf un moment de petite audace : quelques vidéos projetées sur le dos nu d'une des actrices)

Les trois comédiennes - Marie-Noëlle Hébrant, Maud Lefebvre, Delphine Ysaye - auront, après une courte introduction de leur cru, brandi trois exemplaires du fameux bouquin dont l'écriture remonte à une dizaine d'années. Toutes trois issues du Panach'Club, elles auront mis en sourdine leur fantaisie et leur amour du nonsense. Dommage. Mais la défense de la Femme, c'est sérieux...

King Kong Theorie
Bruxelles - Belgique Du 25/01/2017 au 25/02/2017 à me-sa: 20h30 - lu-ma : 19h + me 08/03 : 20h30 ("Journée de la Femme") Théâtre de la Toison d'Or Galeries de la Toison d'Or, 1050 Bruxelles Téléphone : +32(0)2 510 05 10 . Site du théâtre Réserver  

King Kong Theorie

de Julie Nayer d’après Virginie Despentes

Théâtre
Mise en scène : Julie Nayer
 
Avec : Marie-Noëlle Hébrant, Maud Lefebvre, Delphine Ysaye

Dramaturgie: Julie Nayer assistée par Lisa Cogniaux.
Scénographie: Pol Art.
Création sonore et vidéo: Ludovic Romain.
Création vidéos: Ludovic Romain,
Création lumière: Félicien Van Kriekinge
Régie: équipe TTO

Durée : 1h10 Photo : © @alphabeta @virginiejux Sébastien Schmit  

Création-production "Mazal asbl"/Théâtre de la Toison d’Or/Théâtre Jardin Passion/Revolver asbl, Bruxelles (BE)
Soutien : Panach’Club                                                                                                                                                Collaboration : Kilti, panier culturel / Festival Elles tournent.

*A propos de Grisélidis: http://ruedutheatre.eu/article/report/?article_id=1710&comment_id=188&symfony=7a78cb4cf8e1ab048d8dbafbc5eab11c
Revoir : pour le féminisme: http://www.ruedutheatre.eu/article/3475/nous-sommes-les-petites-filles-des-sorcieres-que-vous-n-avez-pas-pu-bruler/
             pour le transgenre : http://www.ruedutheatre.eu/article/3246/la-theorie-du-y/                                                http://www.ruedutheatre.eu/article/3469/mdlsx/
A (re)lire "si besoin est", l'importante littérature des années 70 ! Un seul titre: "La femme potiche et la femme boniche/pouvoir bourgeois et pouvoir mâle" de Claude Alzon (Maspero) ! Certains de ces ouvrages sont encore tellement actuels...