Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 13 février 2017
A travers les récits et personnages mythiques, l'héritage d'une tradition complexe, il appartient à chaque créateur de trouver sa juste interprétation, sa propre réalisation...

Le point de départ est un ajout : la représentation d'une lutte fratricide mimée par deux danseurs. Ensuite, on apprendra par Antigone que ses deux frères - Etéocle et Polynice - se sont affrontés en combat mortel pour tous les deux.

Deux mots de rappel: Etéocle a été enseveli "selon le rite". Mais, Polynice déclaré indigne par Créon, le pouvoir en place, ce "traître à la patrie" doit être abandonné sans sépulture décente. Antigone s'y opposera "jusqu'à en mourir", condamnée par Créon, qui en sera puni par la perte de son fils, Hémon - amoureux "jusqu'à en mourir" d'Antigone - et par la folie de sa femme Eurydice.

José Besprosvany, chorégraphe et metteur en scène, poursuit sa réflexion et sa relecture des grands mythes anciens. On se souviens de son magistral "Oedipe"*, proposé une saison précédente (2012/2013) en ce même théâtre du Parc.

Pour "Antigone", il a voulu retourner aux sources, suivre une traduction de Sophocle - due à  Florence Dupont - la plus fidèle possible (moyennant quelques écarts) et revaloriser la place du choeur dans l'oeuvre bien connue. C'est la place du peuple, des (jeunes) citadins de la ville-état de Thèbes. Elle est assurément magnifiée par des danseurs-acteurs dans une chorégraphie percutante qui les met à l'avant-plan, au propre comme au figuré.

Ils sont le Choeur, ces danseurs-acteurs au nombre de cinq - Marta Almeida, Joris Baltz (ou Harlan Rust), Gabriel Nieto, François Prodhomme, Lisard Tranis (ou Brice Taupin) - mais se joignent à eux certains des comédiens/ne/s dont Elisa Lozano Raya/Ismène, Toussaint Colombani/Hémon et Isabelle Roelandt figurant le choryphée. Voilà qui prend une importance et un sens nouveaux dans la compréhension de l'oeuvre de Sophocle...

L'ambition du metteur en scène-chorégraphe étant de toujours tendre vers des spectacles interdisciplinaires, il faut avouer que, cette fois, la réussite est partielle, la meilleure partie étant les interventions du Choeur. C'est là, dans ces séquences, et grâce aussi à la musique de Laurent Delforge, qu'un climat de tension dramatique devient propice ensuite à la réflexion.

On retrouve sa préoccupation de donner toute son importance à la voix du peuple, le choeur, qui retrouve ici aussi toute sa force vocale. Mais cela se fait au détriment de la direction d'acteurs où chacun peut s'imposer, de manière heureuse - ainsi du Garde, et Messager/Gauthier Jansen, porte-parole du Choeur, à la présence indiscutable, et de même Hémon/Toussaint Colombani - mais avec plus ou moins de bonheur et de pertinence pour les autres.

Les scènes uniquement parlées se passent souvent en arrière-plan, en retrait, fades et sans éclat, excepté les scènes entre Antigone/Héloïse Jadoul et Ismène/Elisa Lozano Raya, qui arrivent à toucher, davantage que celles qui voient d'autres échanges entre les divers autres personnages: Créon, Hémon, Tirésias...

Antigone, grande inspiratrice...
 
On le sait, depuis Sophocle,"Antigone" fut l'un des mythes anciens parmi les plus inspirateurs de nouvelles visions ; de Jean Cocteau (1922) à  Henri Bauchau (1999) en passant par Anouilh (1944) et Brecht (1948), sans compter des réalisations toutes récentes (comme en ce moment encore :"Crever d'amour"*)... L'"Antigone" de José Besprosvany favorise les thèmes généraux et universels, voire très actuels.

Ils sont perceptibles bien plus que le/s conflit/s entre les personnages, en quelque sorte désincarnés dans un décor épuré. Le fanatisme religieux, symbolisé par Antigone, sa conviction profonde que sa conduite s'inspirant de Lois divines anciennes est juste, est opposé à la loi des hommes, les directives bassement terrestres nouvelles édictées par Créon. La liberté d'agir selon sa conscience et la révolte juvénile fait face au pouvoir absolu d'un roi. Ainsi mises en relief, on pourra y voir les origines des radicalismes, présentes d'un côté comme de l'autre.

Antigone
Bruxelles - Belgique Du 19/01/2017 au 18/02/2017 à ma-sa: 20h15 sa-di: 15h Théâtre royal du Parc 3 rue de la Loi, Bruxelles Téléphone : +32(0)2.505.30.30. Site du théâtre

Reprise en mars à l'Aula Magna du Théâtre Atelier Jean Vilar à Louvain-la-Neuve

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Antigone

de Sophocle

Théâtre
Mise en scène : José Besprosvany
 
Avec : Toussaint Colombani, Charles Cornette, Héloïse Jadoul, Gauthier Jansen, Elisa Lozano Raya, Isabelle Roelandt, Georges Siatidis Danseurs: Marta Almeida, Joris Baltz ou Harlan Rust, Gabriel Nieto, François Prodhomme, Lisard Tranis ou Brice Taupin

Traduction du grec ancien: Florence Dupont
Chorégraphie: José Besprosvany
Assistanat mise en scène et chorégraphie : Muriel Hérault et Yannick de CosterDramaturgie: François Prodhomme 
Musique: Laurent Delforge
Costumes: Bert Menzel
Lumières: Marco Forcella
Décor: José Besprosvany, Sébastien Munck - Peinture du décor: Sébastien Munck et Fani Goethals - Construction: Yahia Azzaydi, Patrick Cautaert, Lucas Vendermotten  
Costumes: Bert Menzel - Habilleuse: Gwendoline Rose - Accessoiriste: Zouheir Farroukh
Direction technique: Gérard Verhulpen - Régie générale: David Lempereur - Régie Lumière: Noé Francq - Régie son: Jérémy Vanoost - Régie plateau: Cécile Vannieuwerburgh

Durée : 1h30 Photo : © Lander Loeckx  

Création:"Compagnie José Besprosvany"/IDEA
Coproduction: Cie José Besprosvany/Théâtre Royal du Parc, Bruxelles/Atelier Théâtre Jean Vilar, Lounain-la-Neuve (BE)
Soutiens: Centre des Arts Scéniques/Fédération Wllonie-Bruxelles, Service de la Danse - Le théâtre est subventionné par l'Echevinat de la ville de Bruxelles et la Fédération Wallonie-Bruxelles

Revoir: http://ruedutheatre.eu/article/2005/oedipe/?symfony=d7b3ae367d04c393417662dc6419941c
*une version originale du thème: http://ruedutheatre.eu/article/3140/crever-d-amour/?symfony=178a51717364de15a201c879370bc351

Lire : Caroline Lamarche, La conférence de Polynice ( http://musemedusa.com/dossier_4/caroline-lamarche/ )

         Paulette Deblé, Strophes pour plus d'une Antigone et neuf lavis ( http://musemedusa.com/dossier_4/mireille-calle-gruber/ )

         Axel Cornil, Si je crève ce sera d'amour, Carnières, Lansman, 2015

         Cara, L'autre Antigone, Cuesmes, Le Cesriser, 1996

         François Ost, Antigone voilée, Bruxelles, De Boeck, 2010