Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 8 février 2017
Est-ce le simple monologue d'un paumé ? Un spectacle engagé "inspiré de faits réels", quand la fiction précède, annonce ce qui risque d'arriver, montre des constats alarmants ? Au spectateur d'en décider.

On entre dans cette petite salle de théâtre comme on entre dans un logis miteux, minable. C'est celui d'un être d'apparence humaine, découvert dans le même temps, déjà présent. Il a beau se donner des allures de tableau historique ("La Mort de Marat"de Jacques Louis David), il n'est qu'un fantôme d'humain affalé dans un vieux canapé. Mais le voilà qui se lève et arpente son studio parsemé de cartons de pizzas, et orné d'une plante fanée. Rien que de banal assurément : un homme chez lui, en peignoir avachi, qui soliloque... A qui s'adresse-t-il donc ?
 
Une télé allumée diffuse des programmes variés ou s'interrompt pour des pauses alors que clignote, régulièrement, lui, un petit sapin enguirlandé - Mais est-ce bien Noël ? Est-ce bien la fête ?- Il est placé devant une toute petite fenêtre, seule ouverture encore possible d'où l'on peut observer sans être vu... car il y a bien une porte mais elle restera fermée, bloquée, en pratique comme en symbole évident de repli sur soi.

Du dehors (tout proche, trop proche) de l'immeuble citadin avec ses appartements voisins, parviendront des bruits de voix, ne provoquant que de l'agacement chez l'Homme. Et ce "téléphon qui son sans person qui lui répond"... On conclut que cet homme a choisi de vivre reclus, de vivre comme un ours traqué; il en veut à la terre entière et s'est retiré de cette société qu'il exècre.

Certes, il n'a plus de boulot et plus de femme, mais il ne répondait pas non plus à la voix qui lui souhaitait un bon anniversaire et il a chassé brutalement l'ami de sa mère-nourricière. Et il se moque sans aucune pitié des quelques personnes qui le fréquentaient encore ces derniers temps, avant l'isolement absolu.

On apprendra qu'il s'appelle Jean-Claude et il faudra toute la palette de nuances du talentueux John Dobrynine pour susciter chez le spectateur des sentiments mélangés de compassion et d'ironie, de sympathie et de rejet. C'est qu'il n'est pas tendre, c'est qu'il parle fort, sur un ton rageur et vindicatif, ce bonhomme plus très jeune, plus très frais...

Une réflexion qui a mûri...

"Ce sapin en plastique n'est pas tout neuf, il réapparait aujourd'hui dans une criante actualité", dit son auteur, René Bizac, et il est vrai que cette re-création au sein d'une scénographie d'un réalisme assumé dans son ensemble, est "criante", hurlant à la mort, pourrait-on dire !

Récemment*, il avait évoqué le thème de la solitude, mais il s'agissait d'une solitude non choisie et plus joyeuse, non pas de l'isolement d'un misantrope. Et si le thème était plus large, en fait ? L'économie de détails de la vie passée de Jean-Claude, son récit lacunaire y poussent.

Quelle a été la part de "l'Autre", sa compagne, ses amis et relations, et de la vie-en-ville (ces "villes de grande solitude") dans cet échec dramatique ? Indifférence, manque d'empathie... qui sait ? La part du doute (positif) sera laissée à ce Jean-Claude, finalement bien attachant.

Le sapin en plastique
Bruxelles - Belgique Du 26/01/2017 au 11/02/2017 à ma-sa: 20h30 - me: 19h Riches claires 24 rue des Riches-Claires Téléphone : 02 548 25 80. Site du théâtre Réserver  

Le sapin en plastique

de René Bizac

Seul-en-scène Théâtre
Mise en scène : René Bizac
 
Avec : John Dobrynine

Dramaturgie: Nathalie Huysman
Scénographie, costumes: Hélène Kufferath
Création lumière et son: Gaétan van den Berg

Durée : 1h Photo : © Patrick Dehalu  

Création:"Théâtre Intranquille"
Coproduction : CC Les Riches-Claires, Bruxelles (BE).
Soutien: Centre culturel Jacques Franck, Bruxelles.

Lire : René Bizac,"Le sapin en plastique", Bruxelles/Carnières, Hayez & Lansman, 2004, 112 p.
Revoir: http://ruedutheatre.eu/article/2855/stan-et-les-papous                                                              /?symfony=0dd163c5d4de336d872c093a52781946