Cécile STROUK Bordeaux
Contact
Publié le 29 janvier 2017
Deuxième édition pour ruedutheatre, quatorzième pour le festival 30/30. Dédié aux formes courtes, cet événement dirigé par Jean-Luc Terrade est devenu, au fil des années, incontournable à Bordeaux pour les féru-e-s d’avant-garde.

Chaque année depuis 2003, Bordeaux propose un festival de formes courtes articulées autour de la danse, du cirque, de la performance et du théâtre, sélectionnées avec soin par Jean-Luc Terrade. Depuis la création de ces "rencontres", l'emblématique directeur artistique arpente la scène contemporaine française, européenne et internationale pour faire découvrir le fleuron de l'avant-garde.

Premier temps

Pour cette édition 2017, le discours est plus que jamais porté vers l’affirmation d’une valeur ciselée au Corps Artistique : la liberté. Notre séjour express de 24h nous a emmené sur les pas de 5 performances au style très varié. Si nous devions toutes brièvement les décrire, nous parlerions d’un Brésilien qui a endiablé de son corps longiligne et de ses mots acérés la Hall des Chartrons, investie par un public mobile et surpris par cette occupation si pleine de l’espace : « Rue » de et par Volmir Cordeiro s’impose comme une fable urbaine destroy.

Nous parlerions ensuite de « Chto », un manifeste à la violence à peine contenue raconté par une femme Tchétchène. La comédienne Fanny Avram revient sur son exil douloureux, de Grozny à Marseille, à l’aide d’un micro, d’une voix cinglante, de mouvements secs et d’une atmosphère inquiétante imaginée sur scène par un vocaliste doué.

Puis, de « Traces », spectacle performatif de Hyoseung Ye, Coréen du sud qui, sur le même thème mais par ses seuls gestes, exprime la douleur de l'arrachement aux racines. Cette première soirée s’est achevée par « Together », proposition chorégraphique de deux danseurs qui font tourner leur corps dans des cercles itératifs jusqu’à l’épuisement, portée par leur complicité et par les rythmes entêtants d’une musique électronique. Une trans contrôlée au millimètre près.

Deuxième temps

La deuxième journée de notre séjour bordelais a été ponctuée par deux autres performances, tout aussi intrigantes si ce n’est plus. Mention spéciale pour « Je suis une erreur », interprété avec intériorité par Jean-Sébastien Lourdais, qui, seul sur scène, livre un texte anarchiste de Jan Fabre, se servant d’une voix neutre et provocante et d’un corps souple et saccadé, dans une atmosphère trouble de celui qui fumera jusqu’à ce que la mort l’en empêche.

S’en est suivie « Bleu », proposition du même artiste, par ailleurs directeur d’une compagnie de danse à Montréal. Il met en scène une énigmatique danseuse, au visage inquiétant et au corps parfaitement sculpté, qui se meut avec une lenteur chronométrée sur un lit de nouilles chinoises séchées. Si le sens de ce spectacle a pu nous échapper, nous saluons la force de l'impression visuelle et sonore qui s'en est dégagée.

Au final, 30/30 est à l’image de son directeur, aussi exigeant que talentueux avec une dominante exagérément masculine (cf : lire l’édito de Jean-Luc Terrade qui ne fait mention que d’artistes hommes). Un agaçant bémol qui, corrigé, hisserait ce festival à l’un des plus justes qui soit.

Festival 30/30 : Rencontres de la forme courte