Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 29 janvier 2017
Il est des constantes dans l'écriture africaine moderne où poésie et lyrisme se conjuguent pour faire entendre une voix tout à fait originale. Elle peut aussi se révéler prophétique et l'un de ses porte-parole parmi les plus attachants est Etienne Minoungou

L'acteur avait impressionné dans ce même théâtre en incarnant véritablement le célèbre Mohamed Ali*. On l'avait vu à l'aise avec ce fameux mythe, on l'avait vu à l'aise avec le public qu'il aime, comme ici encore, prendre à témoin familier de ce qu'il fait, ou dit, en toute convivialité.

Le premier titre de ce qui deviendra "Si nous voulons vivre" était "Sony, l'avertisseur entêté", partant du nom de l'écrivain qui l'inspirait: Sony Labou Tansi. Inlassablement, celui-ci proposait  de "réinventer la logique à la mesure de notre temps" et poussait à une réflexion plus globale et profonde sur les enjeux, actuels et futurs, de notre société "parce que le salut a cessé d'être individuel...".

Pour Etienne Minoungou ce n'est pas vraiment un "seul sur scène"... car même s'il détient la parole, c'est avec deux partenaires qu'il dialogue, par le chant, par la danse. Ce sont deux musiciens: le Burkinabé Simon Winsé, chanteur-musicien avec ses instruments typiques: arc à bouche, kora, ngoni, flûte peule, et le Belge Pietro Vaiana, saxophoniste bien connu des amateurs de jazz (groupe "Foofango"). Ce partage à trois, au départ de trois personnalités et modes d'expression différents, s'avère non seulement cohérent mais très riche et captivant.

L'intimité de la petite salle, en sous-sol du théâtre 'Le Public', se prête bien au spectacle en forme de confidence visionnaire; elle se révèle propice aux échanges tout proches, à la réception de mots chuchotés ou d'envolées lyriques, ce que l'acteur appelle des "exercices de lucidité"... qui laisseront des traces. Le style de l'auteur l'y incite: "Mes amis, nous sommes encore au Monde : c'est un miracle. Faisons durer ce miracle-là !"

Après s'être fait le chantre poétique d'un Aimé Césaire ("Cahier d'un retour au pays natal")*, Etienne Minoungou se fait le porte-parole - une parole véhémente mais encourageante, enflammée et charnelle - de Sony Labou Tansi.

"Si nous voulons vivre" s'est construit sur la base de "Encre, sueur, salive et sang", un recueil de chroniques, d'interviews et de textes courts. Le mooré – langue des Mossi, principale ethnie du Burkina Faso – peut côtoyer le français et s'élever sur des rythmes et/ou des musiques.

"L'entrepreneur culturel"

Pas de savants effets technologiques pour servir de cadre au propos mais une scénographie situant l'acteur dans un contexte rappelant l'Afrique de Kinshasa et qui laisse une grande souplesse et de l'aisance dans les déplacements des protagonistes. Pour cela, l'acteur a retrouvé un vieux complice, Patrick Janvier, metteur en scène et scénographe   français.

En effet, il fut partenaire de la belle aventure des "Récréâtrales", née en 2002, à Ougadougou, au Burkina Faso. Etienne Minoungou en fut la cheville ouvrière jusqu'en 2016 (avant de passer un ardent flambeau à Aristide Tarnagda). Comme il dirige également sa propre compagnie:"Falinga"(créée en 2000), il entend bien continuer, non seulement à faire connaître des auteurs majeurs africains, mais partant de sa propre expérience, pousser tous les divers acteurs-participants à la création de spectacles. 

Avec le soutien fidèle de "La Charge du Rhinoceros" (structure de diffusion et organisation), il a contribué à l'émergence d'écritures originales, de créations nouvelles. Des artistes se font connaître et les échanges continuent à s'amplifier entre Africains mais aussi entre Afrique et Europe, la Belgique n'étant pas de reste.

Si nous voulons vivre
Bruxelles - Belgique Du 07/01/2017 au 04/02/2017 à ma-sa: 20h30 Théâtre Le Public rue Braemt 64-70, 1210 Bruxelles Téléphone : 0800.944.44 . Site du théâtre Réserver  

Si nous voulons vivre

de Sony Labou Tansi

Théâtre
Mise en scène : Patrick Janvier
 
Avec : Etienne Minoungou et les musiciens Pietro Vaiana (saxophone) et Simon Winsé (arc à bouche, Kora, ngoni, flûte, voix)

Assistanat: Etienne Minoungou
Collaboration artistique: Julie Peghini
Scénographie: Patrick Janvier
Création lumière: Rémy Brans
Création musicale: Simon Winsé et Pietro Vaiana
Régie: Louis-Philippe Duquesne - Stagiaire régie: Gaël Genette

Durée : 1h20 Photo : © © Gregory Navarra  

Création: Compagnie Falinga (BF)
Coproduction: Théâtre Le Public, Bruxelles (BE)/"La charge du Rhinocéros"(BE)/Cie Falinga-Récréâtrales (BF) 
Soutiens: Fédération Wallonie-Bruxelles et sponsors privés

*Revoir: http://www.ruedutheatre.eu/article/2876/m-appelle-mohamed-ali/?symfony=d3c91426787bc19
http://ruedutheatre.eu/article/2943/cahier-d-un-retour-au-pays-natal/?symfony=47f0385a8a9ef9c5c41b0813ca594d4d