Cécile STROUK Paris
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Publié le 27 janvier 2017
En janvier, le théâtre Victor-Hugo de Bagneux est rythmé par un festival unique en son genre. Imaginé par la directrice Marie-Lise Fayet, « Virtuel.hom[me] » réunit un ensemble de spectacles – théâtre et arts du geste – qui questionne la place de notre corps et le sens de nos interactions dans un monde de plus en plus digitalisé.

La découverte de la 2ème édition de "Virtuel.hom[me]" s’est effectuée en plusieurs temps. D’abord, l’interview de la directrice du théâtre Victor-Hugo de Bagneux, Marie-Lise Fayet. Un échange décontracté autour des ambitions que cette femme de théâtre engagée nourrit à l’égard d'un festival atypique. Au sujet du « Transhumanisme » traité l’année dernière, succède une autre thématique qui la fascine tout autant : la virtualisation, en ce que ce phénomène de société modifie en profondeur notre rapport au monde.

Les questionnements induits par le choix de cette thématique font écho à l’intérêt de Marie-Lise Fayet pour les arts du geste, identifiés comme la couleur artistique de son théâtre. Au côté de formes théâtrales classiques, ce festival est ainsi ponctué d’autres propositions liées à l’univers du cirque, de la danse, de la performance et de la philosophie.

Une série en ouverture

Le métissage volontaire des genres est annoncé dès l’ouverture du festival avec la diffusion de la série d’anticipation anglo-américaine, Black Mirror. Le sujet ? Les ravages de l’obsession du mobile sur notre rapport à l'autre et au monde. Nous aurions apprécié l'audace de cette décision si elle n'avait pas été suivie par une double mauvaise surprise : un épisode en version française, dont les doublages ratés font d’emblée chuter l’intérêt et le sens même de cet épisode ; et la qualité de l’image, pixellisée au point de déranger l’œil. Au final, cette soirée d’ouverture s’est s’avérée décevante, malgré l'envie d'échanges suscités par la série.

La liberté muselée par le mobile

Passée cette déception, nous sommes retournés voir un spectacle du festival, Life In A Box. Titre signifiant pour un format court. Quatre personnes font leur entrée au bar du théâtre munies de lunettes de réalité augmentée. Ils évoluent dans le monde projeté par leurs lunettes, un monde qui semble coercitif : ils surmontent des obstacles, se battent contre des objets ou des gens imaginaires, chacun de leur côté, parmi les spectateurs. L’effet est surprenant et plutôt réussi.

Puis on nous emmène dans une salle pour nous proposer plusieurs saynètes qui exigent un public en mouvement, debout. Aucune parole, ou très peu, surtout des gestes – celui d’un homme qui découvre une boîte en carton, aspiré par elle, au point de finir entièrement dedans, celui d’une femme au visage dissimulé et sur lequel est projeté un visage recouvert d'un sourire à la permanence factice, deux femmes qui veulent s’enfermer dans une boîte dans un étrange combat, etc. Bien que le propos ne soit pas d’une clarté absolue, il laisse libre court à une interprétation intéressante autour de cet emmurement corporel et mental que nous nous imposons à force de pianoter, la tête baissée, sur nos portables.

Difficile de se faire une véritable opinion sur ce festival avec cet aperçu en demi-teinte, mais une chose est sûre… Le choix de formes aussi variées qu’innovantes pour interroger les beautés et les dérives de notre monde contemporain est à louer.

Corps numérique (vs?) corps poétique