Cécile STROUK Paris
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Publié le 1er décembre 2016
Café français, Bastille. C’est dans ce lieu tranquille, au bord de l’agitation parisienne, que nous rencontrons Guillaume Hasson. Pour les plus théâtrophiles d’entre vous, vous saurez qu’il s’agit là d’un auteur de théâtre maintes fois primé mais aussi, en l’occurrence, du directeur emblématique des Théâtrales. Ce festival de théâtre contemporain qui anime plus d’une vingtaine de lieux culturels du Val-de-Marne entre novembre et décembre est devenu au fil des années incontournable, attirant à ce jour plus de 11 000 spectateurs. Un record d’audience qui prouve bien l’intérêt du public à l’égard des écritures actuelles. De ces écritures qui, expliquent Guillaume Hasson, racontent l’intime sans ambages.

« Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie », Paul Valery

Cette année, l'affiche des théâtrales porte fièrement le « Je ». Au-delà du fait que, renversé il forme un 16, ce pronom désigne les écritures de celles et ceux qui voyagent librement dans leur intérieur dans une quête assumée de leur incomplétude. Quête qu’il mène aussi à travers l’autre, perçu comme révélateur de l’invisible qu’ils portent en eux. Guillaume Hasson propose plus de 30 spectacles où il est question de personnages « solitaires solidaires » - pour reprendre l’association heureuse d’Albert Camus - dont la prise de parole apparaît comme nécessaire.

Certains spectacles tournent dans plusieurs lieux du Val-de-Marne, d’autres une seule fois. Certains adoptent une forme scénique élaborée, d’autres une forme plus simple - écho à l’économie parfois maigre du spectacle vivant. Peu importe, l’exigence est ailleurs. Guillaume Hasson met un point d’honneur à ce que les textes des Théâtrales, qu’ils soient français, allemands, belges, canadiens ou sud-américains, se situent au point nodal de ce qui, selon lui, caractérise le grand théâtre : à cet endroit précis où les éléments du plan horizontal (social, politique, sociologique) rencontrent les éléments du point vertical (intellect, spiritualité, amour, intime).

Un auteur du présent au présent

Cette impulsion donnée aux Théâtrales fait écho au goût de Guillaume Hasson pour les écritures qui abordent les problématiques générationnelles, de l’enfance à la mort, en passant par la jeunesse, l’âge de la maturité et l’âge du détachement progressif. Il se sent très sensible à ce qui construit une génération : d’abord la sienne, riche, complexe, politisée, dialectique, idéologique, en lutte contre la domination masculine, contre le paternalisme, pour la libération sexuelle et le féminisme. Cette génération qui a appris la politique et derrière ça, le pouvoir. Et qui s’oppose aujourd’hui à une autre génération, celle des trentenaires, plus taiseuse, dans la difficulté à se positionner face à l’éclatement d’institutions comme le couple.

Colporter la culture pour être plus fort dans le monde

En 12 ans, Guillaume Hasson a donné une ampleur nationale au seul festival en France qui accorde un focus si long à la création contemporaine. Entre autres coups forts, il a déniché des auteurs comme Jean-Marie Piemme, Gilles Granouillet et Laurence Viel ; et il a inventé l’idée des « Colporteurs », un pool de 160 spectateurs invités à rencontrer les artistes, à voir des pièces et à parler de leurs besoins culturels, en échange de quoi ils doivent convaincre des personnes de leur entourage de venir aux Théâtrales. Un moyen ludique de favoriser les interactions entre public et artistes et de placer le spectateur au cœur même de la cuisine de la création. Guillaume Hasson est convaincu que tout le monde est porteur de savoir et que la culture est un ferment de ce que peut être la cohésion sociale pour être plus fort dans le monde et par rapport à soi.

Découvrez la programmation des Théâtrales.

Propos recueillis par Cécile Strouk

 

Le "je" cathartique