Michel VOITURIER Villeneuve d'Ascq
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Publié le 16 octobre 2016
Quadragénaire d’avenir, la Rose des Vents fête ses 4 décennies d’activités à Villeneuve-d’Ascq. Cette institution a changé le paysage culturel de la région lilloise grâce à son ouverture au théâtre de l’étranger et aux formes nouvelles.

Si les débuts ne furent pas faciles pour des raisons autant administratives que financières et quelquefois même idéologiques, très vite ses premiers responsables (Pierre-Etienne Heymann qui relate ici la genèse de l’institution, puis Pierrette Garreau) ont cherché à s’ancrer dans la région et à programmer des œuvres aussi peu anodines que possible.

Bel anniversaire pour une institution qui est devenue un pôle incontournable de diffusion de spectacles novateurs et moteur d’une collaboration transfrontalière modèle avec Flandre et Wallonie. Très vite après sa nomination, Didier Thibaut, actuel directeur, même s’il invite des spectacles remarquables dans des mises en scène de Besson, Bezace, Gabily, Françon, Raskine…, se met assez rapidement en quête de réalisations où le texte ne constitue plus l’essentiel. Il se tourne, en particulier vers la Belgique.

Ainsi invite-t-il Delcuvellerie et son Groupov pour Trash, a lonely prayer, l’Amphitryon de Marc Liebens. Puis, sous l’impulsion de Jean-Michel Rabeux, la recherche de formes novatrices s’accentue. C’est l’époque des premières collaborations avec la Maison de la Maison de la Culture de Tournai. C’est aussi l’essor de la création flamande: les plus importantes troupes néerlandophones (celles de Fabre, Sierens, Platel, Lauwers, Vandekeybus…) défileront sur la scène de Villeneuve-d’Ascq et permettront, grâce aux surtitrages en français, d’être découverts par le public francophone transfrontalier de la Wallonie picarde.

S’ensuit une internationalisation croissante avec Castellucci, Dodine, Lupa et d’autres. Dans la foulée se crée, avec des fonds européens, le festival « Scènes étrangères » qui porte bien son nom dans la mesure où les invités sont cosmopolites, avec une ouverture focalisée sur les pays de l’Est, ensuite des deux Amériques. Ce festival, devenu depuis « Next », se double d’une organisation tournée vers des talents émergents afin de montrer le travail de jeunes metteurs en scène. La Flandre rejoint la structure élargie d’eurométropole Lille-Kortkrijk-Tournai. Alors s’établit aussi une collaboration avec le lillois Théâtre du Nord.

D'enthousiastes témoins

Cette longue histoire se déroule sous l’œil de témoins et de participants. Yannick Mancel la replace dans le contexte plus général de l’évolution institutionnelle de la culture en France avant de survoler le bouillonnement créatif qui agita la Belgique francophone depuis la décennie 80. Sylvie Martin-Ahamani trace le bilan de l’arrivée massive des Flamands et de leur apport d’un théâtre qui mêle les arts, accorde une importance capitale au corporel.

C’est à Laurence Van Goethem de parcourir trente années de théâtre italien. Ici encore, le corps est l’instrument privilégié d’un engagement total. Ce dont témoignent Marco Martinelli et Ermanna Montanari ainsi que Bernard Faivre d’Arcier. S’y ajoute Marie-Cécile Cloître, enseignante, car les liens avec le milieu scolaire, autant qu’avec les troupes régionales, ont toujours été très forts à la Rose des Vents. En atteste également Sophie Proust, étudiante spectatrice devenue depuis maître de conférence en théâtre à Lille.

Souvenirs encore d’Hélène Cancel qui fut responsable de la communication et travailla à Villeneuve-d’Ascq durant douze ans avant de prendre la direction du « Bateau feu » à Dunkerque.  Et qui affirme avoir compris là « combien le théâtre remue, secoue profondément nos idées reçues, nos croyances et nous offre la possibilité d’une pensée libre » (p.55).

Jean-Marie Hourdé, parodiant le credo de Jacques Chancel, résume bien ce que doit être une programmation comme l’est celle de la Rose des Vents : « Respecter le spectateur ce n’est pas lui donner ce qu’il veut voir, c’est lui offrir ce qu’il pensait ne jamais voir » (p.53).  L’accumulation des souvenirs de plein de gens en est la caution. Et l’iconographie, plus que riche, remet en mémoire des tas de réalisations parmi les 1450 qui ont été programmées.

Les 40 ans de la Rose des Vents

Lire : Mancel, Thibaut, Martin-Lahmani, Heymann, Van Goethem, Martinelli, Faivre d'Arcier, Rabeux, Cancel, S. Proust, S.Rousseau..., La Rose des Vents 1976-2016, Bruxelles, Alternatives théâtrales, 80 p.