Cécile STROUK Envoyée spéciale à Pont-à-Mousson
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Publié le 29 août 2016
3ème édition pour Rue du Théâtre à la Mousson d’été. Arrivée en fin de festival, dans une ambiance toujours aussi bon enfant. Artistes, journalistes, étudiants, théâtrophiles se croisent au gré de rencontres fortuites, dans la queue d’attente d’un spectacle, au bar des écritures, dans un réfectoire doté d’une hauteur de plafond admirable ou sur l’herbe verdoyante d’un jardin en bord de Moselle. La sérénité qui s’en dégage est sans aucun doute liée à la majesté du lieu : l’Abbaye des Prémontrés, située à Pont à Mousson, entre Metz et Nancy.

Si ce festival d’écriture contemporaine porté par Michel Didym a toujours été politique, il revendique plus que jamais cette appartenance avec une thématique évocatrice : « les gens et le politique ». Fil rouge des lectures qui ont rythmé cette semaine caniculaire. Canicule telle que le jardin s’est transformé en scène, à l’ombre des arbres et en guise d’échappatoire à des salles non climatisées.

Un début essoufflant…

Notre festival s’est ouvert sur « Anatomie de la gastrite ». Un titre plein de promesses loufoques qui ne les tient pourtant pas. Itzel Lara, auteure mexicaine, y parle de vache, de chat, de végétarisme, de couple, sans le liant narratif si nécessaire à l’intelligibilité d’un texte. On se perd dans les méandres de dialogues décousus. Et ce, malgré les idées scénographiques bien senties de Marcial Di Fonzo Bo, qui signe la mise en espace.

Cet après-midi est encore davantage alourdi par une conférence sur la politique et la dramaturgie qui échoue à intéresser, faute d’entrain de la part des intervenants, abattus sans doute eux aussi par la chaleur. La pièce du soir a chassé l’ennui qui nous avait gagné. Guillaume Poix, auteur du très réussi « Straight »  (pièce sur le viol punitif des lesbiennes en Afrique du Sud), revient avec Et le ciel est par terre. Création sur les névroses familiales, catalysées par la disparation d’un père, avec une mère castratrice et trois enfants à l’identité brouillée. Les comédiens clament le texte avec justesse et émotion, portés par des dialogues incisifs, souvent drôles, parfois durs. Avec une vérité qui permet l’identification.

… rattrapé par un final réussi

Le lendemain de cette mousson fut plus ravissant pour les oreilles et les méninges. Une première lecture assurée par 4 femmes et un homme sur scène. Très convaincants. Des voix posées, qui lisent, animées, le texte entre leurs mains. Texte d’une auteure cubaine, Agnieska Hernandez Diaz, à propos d’une prostitution crasse mais nécessaire dans la Havane d’aujourd’hui. Avec un homme médecin qui pense sauver le monde en refaisant les seins des femmes, et des femmes qui pensent se sauver en clamant une liberté aliénante.

Puis, une autre lecture de Rafael Spregelburd (Argentine). 1h45. Il est question de personnages qui se prennent pour Philip Seymour Hoffman dans une pulvérisation involontaire de leur personnalité, sur fond d’un tournage de film, d’une ambiance hollywoodienne retorse et de conflits familiaux. C’est dense, les scènes sont nombreuses, les personnages aussi. Et pourtant, ça se tient grâce à une mise en espace intelligemment pensée. Où chaque comédien interprète plusieurs personnages - incarnés par des pancartes en face d’eux -, assis sur une table, avec un micro, et derrière eux, un écran qui signale quelques didascalies.

2h plus tard, nous sommes plongés dans l’esprit complexe et poétique de Yves Saint Laurent, qui nous confie ses pensées les plus intimes sur les femmes, la matière, le sexe, les hommes, la famille, la mort. Inventé par Frédéric Vossier (France), le texte est lu par Stanislas Nordey, sur une ambiance sonore de Philippe Thibault. Le directeur du TNS le raconte avec beaucoup de coffre et d’allant. L’univers qu’il déploie nous porte, nous inspire et nous laisse rêveur.

Violences conjugales, violences politiques

Après un pot de clôture qui mit à l’honneur les élus locaux sans lesquels ce festival ne serait pas si généreusement accueillant, nous avons achevé notre escapade sur Scènes de violences conjugales. Un remake de Bergman imaginé par Gérard Watkins (Angleterre) où deux couples se rencontrent, se lisent, se violentent puis se séparent. Une triste comptine sur la déségrégation du couple, comme entité impossible, où le duo ne peut coexister sans se déchirer. 4 comédiens à l'aise dans leur style. Soumis et dominants. En dépit d'un schéma hétérocentré avec ce cliché de l’homme qui frappe la femme et de la femme qui subit malgré elle, les dialogues marchent à merveille, balancés avec rythme, sans interruption si ce n’est des silences bien placés.

Une mousson en demi-teinte donc, mais qui reste toujours aussi vivifiante pour notre conscience citoyenne. Où le fond est finalement de rappeler à quel point chaque geste, si anodin ou intime soit-il, est politique.

Wake up, conscience citoyenne !