Michel VOITURIER envoyé spécial à Huy
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Publié le 24 août 2016
L’Afrique est régulièrement soumise à des soubresauts politiques sous forme notamment de coups d’État. On l’accuse de contenir des pays aux régimes corrompus, on continue à l’exploiter pour ses richesses naturelles. Certains hommes politiques pourtant ont tenté l’impossible pour aboutir à une démocratie viable.

Au Burkina Faso, entre 1983 et 1987, Thomas Sankara a fait la révolution pour, une fois au pouvoir, développer le réseau des écoles, remplacer le chômage par le travail, refuser de payer la dette coloniale aux pays riches. Aristide Tarnagda a écrit une pièce qui raconte les derniers jours de ce président avant son assassinat et qui s’attarde aussi sur une partie de son œuvre dans l’objectif de tirer son pays vers l’autonomie.

Ce drame décrit les tentatives de l’épouse et de la mère du Président de le ramener à la vie de famille pour éviter d’être massacré. Il s’attache aussi aux conseillers du pouvoir qui finissent par être partagés parce que le chef a l’utopie de réformer la morale de la politique internationale plutôt que de continuer à s’occuper de son peuple. Il dénonce le poids souterrain des manœuvres des anciens pays colonisateurs pour influencer la gouvernance locale.

La mise en scène de l’auteur et de Pierre Lambotte a désiré revenir aux principes élémentaires de la distanciation brechtienne. Les mêmes acteurs interprètent plusieurs protagonistes, de brèves annonces indiquent des lieux ou identifient des interlocuteurs, plusieurs interventions s’effectuent face au public comme s’il était composé de citoyens du Burkina…

Ce théâtre a un côté documentaire, entre autres à travers les discours du chef d’État et les études qu’il a lues pour s’informer. C’est aussi, pourrait-on dire, du théâtre brut car les acteurs, tous Africains ou étrangers à nos pays, jouent avec la conviction du message qu’ils délivrent ; la sincérité est le moteur de leur jeu qui incarne véritablement les mots prononcés avec une émotion venue du profond d’eux-mêmes.

Cette page méconnue de l’histoire contemporaine s’ajoute à toutes celles qui s’efforcent de conscientiser le monde en vue d’une meilleure égalité entre les peuples. Puisse-t-elle réveiller les consciences de jeunes puisque les aînés, c’est-à-dire nous, n’y sommes pas parvenus.

 

Sank (ou la patience des morts)
Huy - Rencontres du Théâtre jeune Public - Belgique Du 22/08/2016 au 23/08/2016 à lu 20h ma 11h30 Salle de l’École normale Avenue Delchambre Téléphone :  00 32 42 37 28 80 . Réserver  

Sank (ou la patience des morts)

de Aristide Tarnagda

À partir de 14 ans Jeune Public
Mise en scène : Aristide Tarnagda, Pierre Lambotte
 
Avec : Alain Hema, Alberto Martinez Guinaldo, Florence Bambara

Régie générale : Vincent Stevens
Création lumières : Moez Labidi
Musique : David Malgoubri

Durée : 1h Photo : © Gilles DESTEXHE

Lire : Aristide Tarnagda, Sank ou la patience des morts, Carnières, Lansman, coll.Théâtre à Vif, 2016, 40 p.