Cécile STROUK Paris
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Publié le 4 mai 2016
Le Festival de Caves fête sa dixième année. Malgré une notoriété encore timide, cet événement culturel anime pendant deux mois les caves des plus grandes villes de France. Avec des créations inédites proposées par des festivaliers déterminés à dynamiser le théâtre contemporain.

Connaissez-vous le Festival de Caves ? Nous devons avouer que nous étions bien peine d’en parler jusque-là. Pourtant, ça fait tout juste dix ans qu’il existe, ce festival ! Une décennie pendant laquelle il n’a cessé de grandir, partant de son point névralgique (Besançon) pour s’implanter dans les caves des plus grandes villes de France. Les Caves ? Vous avez bien entendu. Ce festival a la particularité de jouer des spectacles dans ces endroits atypiques, prêtés gracieusement par des particuliers. Guillaume Dujardin, le directeur haut en couleur du festival, explique ce choix par une volonté « d'inventer des formes théâtrales différentes qui créent l'étonnement. »

Ce festival dure deux mois. De fin avril à fin juin. Deux mois pendant lesquels se jouent chaque soir des créations inédites. Partout en France. Toutes imaginées par les comédiens et metteurs en scène de cette « petite Comédie Française. » Misant sur un modèle participatif, le Festival de Caves donne la liberté à ses festivaliers de choisir les spectacles qu’ils vont présenter. Cette souplesse dans la programmation renforce l’engagement des artistes à défendre un théâtre contemporain agile et créatif, qui explore un large répertoire d’auteurs français et internationaux.

Théâtre en profondeur

Besançon, « ville des utopies »

Malgré un ciel perturbé par une grisaille pleureuse et des rues désertes en ce 1er mai, la journée à Besançon fut enthousiasmante. Dans cette « ville des utopies qui baigne dans son jus 18ème siècle » comme se plaît à dire Guillaume Dujardin, nous nous sommes rendus dans une chapelle nichée dans une rue du centre historique, pour assister à une rencontre. Celle de Gwénaëlle Aubry, auteur de l'ouvrage mythobiographique Perséphone 2014. Une voix vertigineuse de justesse, de rythme, d’acuité et de douceur.

Pendant plus d’une heure, elle a raconté son processus créatif, nous plongeant avec une précision sans égal dans son intimité littéraire. Elle s’est ouverte, comme on ouvre un livre de chevet : avec une prudente élégance. L’enjeu de cette rencontre était d’expliquer comment un roman tel que celui-ci, qui se construit autour du mythe dans un style inclassable, peut être adapté sur scène dans une cave. Au côté de Gwénaëlle Aubry, Anne Monfort, metteure en scène emblématique du festival, a donné des pistes de réponse, invoquant une grande liberté dans l'« appropriation » d’un texte dont elle retient la stimulante polysémie. Léopoldine Hummel, comédienne du spectacle éponyme qui s'est joué le soir même, était là également, émue par cette auteure qu’elle a choisi de faire venir au festival.

La tête encore pleine de mots, nous nous sommes dirigés vers un endroit tenu secret encore dix minutes avant le spectacle - douce euphorie de la surprise. Nous avons attendu d’être une petite quinzaine pour qu’une personne nous emmène un peu plus loin, dans une arrière-cour. Lorsque nous sommes descendus dans la cave fraîche et voûtée, des chaises étaient installées autour d’une scène composée d'enceintes et de tables de mixage. Durant 1h, deux comédiens sur scène - un homme, une femme, la trentaine - ont parlé. Non pas avec des mots. Mais avec des notes. Danses intérieures a proposé une exploration des émotions procurées par la musique et par le rythme. Entre impromptus électroniques, enregistrements vocaux, chants et poésie.

Alors, un conseil. Renseignez-vous sur ce qui se joue dans votre ville et allez-y. Vous serez étonnés par trois choses : la qualité des spectacles proposés, la convivialité des festivaliers et la créativité que fait naître l’espace souterrain qu’est la cave.

Théâtre en profondeur