Cécile STROUK Envoyée Spéciale à Bordeaux
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Publié le 3 février 2016
Après Nov’art en octobre dernier, nous sommes allés à la rencontre d’un autre événement de la région Aquitaine : le 30’30. Un festival éclectique qui explore les arts de la scène. Surprise, émerveillement et questionnement ont rythmé cette évasion placée sous le signe de l’audace.

Pour sa treizième édition, le festival 30’30 (prononcez : 30-30) remue avec une audace intacte les lieux culturels de Bordeaux Métropole. Initié en 2004, cet événement de formats courts – entre 30 secondes et 30 minutes - vise à « déranger et à faire rêver », explique Jean-Luc Terrade, directeur artistique de l’Atelier des Marches, dont les influences expliquent cette ambition : Claude Régy, Thomas Ostermeier, Romeo Castelluci et Jan Fabre.

Pour celui qui trouve que le « théâtre manque d’engagement », il fallait donc une programmation détonante. Avec son administratrice, Catherine Cossa, ils ont fouillé dans la création française et européenne pour dégoter les artistes les plus disruptifs de leur temps. En tête de ligne : Steven Cohen, artiste « sud-africain, juif, blanc et homosexuel » connu pour sa performance au Trocadéro en 2013. Et plein d’autres, liés par un goût pour l’impertinence et les arts de la scène.

Premier jour : hymne au cirque

Lors de notre arrivée mardi 26 janvier au Centre Culturel des Pôles Nationaux des Arts du Cirque (PNAC) près de Périgueux, nous avons été plongés dans un bain « sensoriel » - dixit Jean-Luc Terrade pour décrire l'effet du festival sur le public - avec trois spectacles d’une grande qualité. Somniun - rencontre complice, construite autour d'un cerceau (l'agrès) qui s’impose comme un élément scénique majeur de l’histoire ; Dad is dead mummy! - duo marseillais qui questionne avec virtuosité et humour le militantisme, le commerce équitable, l’art contemporain et l’identité sexuelle… sur un vélo acrobatique ; et Noos - portés acrobatiques entre un homme et une femme qui fait dialoguer le vivant et le mort.

Deuxième jour : hymne à la danse

A cette soirée enchanteresse en a succédé une autre, le lendemain soir, au Cuvier - Centre de Développement Chorégraphique – à Artigues. Zoom cette fois sur la danse avec trois propositions qui interrogent les notions de souffle, d’imaginaire et de choix. Si une sensation d’inégalité domine au sortir de cette soirée - due sans doute à l’opacité de certains propos - nous retenons une grande exigence formelle. Notamment pour Duet for Two Dancers, chorégraphié par la Suissesse Tabea Martin. Avec rythme et dérision, un duo masculin de haut vol donne à voir la complexe typologie de mouvements qui existent en danse contemporaine.

Troisième jour : hymne à la performance

Pour notre troisième et dernier jour, nous nous sommes rendus au Marché de Lerme, un endroit panoramique et vitré qui impose une atmosphère particulière dès l’entrée, malgré son isolement géographique. La découverte d’une adaptation de Psychose pour commencer la soirée fut déroutante. Seule en scène, une jeune femme, perruquée et ultra-maquillée, se tortille dans des mouvements tragiquement sensuels. Avec pour seul décor une scène ronde surelevée, un micro, une poupée gonflable masculine dotée d’un imposant gode. Le résultat laisse sceptique, bien qu’on ne peut qu’apprécier la force désespérée avec laquelle le texte de Sarah Kane est incarné.

Un peu plus loin, à l’Atelier des Marches - lieu de création habituellement fermé au public, nous avons découvert un spectacle de krump, chorégraphié avec une intensité cathartique qui provoque le frisson. Suivi d'une session de musique expérimentale, étonnante de justesse harmonique. C’est sur ce dernier spectacle que s’est achevée notre découverte du 30’30, qui s'est poursuivi jusqu'au samedi, avec une croissance dans l’audace. Mais aussi dans la notoriété.

Ce festival fait du bruit et il ne serait pas étonnant de le voir se déployer au-delà de ses frontières aquitaines.

L'audace salutaire