Michel VOITURIER Bruxelles
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Publié le 28 janvier 2016
Une forme de comique particulière qu’un praticien, Norbert Aboudarham, nous révèle en son historique, sa signification, sa dramaturgie et son approche via des exercices.

Définir le burlesque se résume pour la majorité des gens à cette signification exportée par les USA, à savoir des spectacles de striptease teintés de dérisoire. Mais originellement, c’est bien autre chose. L’auteur a pour objectifs de nous éclairer par sa propre définition, ses connaissances historiques et sa pratique de formateur.

Dès l’origine, cet art spectaculaire-là est une façon de se moquer du pouvoir en place en le traitant avec dérision. Il ne date pas d’aujourd’hui et la commedia dell’arte en était déjà imprégnée. Le cinéma comique muet en a été la manifestation au début du XXe siècle. Sur pellicule comme sur un plateau de théâtre, il est d’abord action. Il caricature le réel sans modération. Il s’articule autour d’une logique de l’absurde.

La différence avec le simple divertissement tient au fait que les gags surgissent dans ou à cause de situations de conflits et ont donc en toile de fond un contexte dramatique. Il s’agit de montrer notre « incapacité à faire ce que nous avons, tous, à faire », de nous mettre en demeure de comprendre pourquoi.

Sur scène, le comédien, au départ, sera neutre dans sa présence physique. Ce qui permettra, en réaction à une situation d’échec ou à une action ratée, de déclencher le rire par contraste, par contamination avec l’incompréhension qu’a le personnage de ce qui lui arrive. D’autant que la stylisation des actes incitera le spectateur à se détacher du côté réaliste de l’anecdote en train d’être jouée pour y voir son aspect symbolique, sa gravité.

Sans être du mime, le burlesque met en jeu la totalité du corps. De cette présence naîtront gestes et mouvements «  décomposés, dissociés, fragmentés ».   Des objets détournés seront souvent les moyens de gags car ils sont indispensables lorsqu’il s’agit de rejeter toute psychologie chez personnages. « Le gag est une construction intellectuelle préparée, organisée, préméditée. C’est un développement outrancier de situation banale qui vient surprendre l’inconscient, avec un développement inattendu d’une situation convenue. »

Aboudarham puise ses exemples auprès de Chaplin, Linder, Laurel et Hardy, Buster Keaton, Mel Brooks, les Monty Python aussi bien que chez Beckett. Il se fait ensuite davantage didactique lorsqu’il définit et illustre ce qu’il nomme ‘dramaturgie’. Il s’attarde sur la structure du récit que constitue un gag en insistant sur l’objectif à atteindre en passant par un conflit. Toute cette analyse plus ou moins théorique – qui parfois se répète – mène à des exercices pratiques susceptibles d’aboutir à la création d’un personnage, d’une scène, d’un spectacle. 



















Le burlesque au théâtre

Norbert Aboudarham, Le burlesque au théâtre, , Lavérune, L'Entretemps, coll. Les points dans les poches, 2015, 144 p..(10,50 €)