Publié le 28 octobre 2015
Chaque année depuis 28 ans dans la petite cité d'Auch, à l'heure où tombent les feuilles et fanent les fleurs, les couleurs vives fleurissent au quatre coins de la ville. Du plastique, comme des serres pour plantes fragiles et belles fleurs tropicales, celles du cirque contemporain.

Si vous vous dites « oh non pas du cirque ! » c'est que vous ne connaissez pas CIRCa. A son origine CIRCa signifiait Concours International Du Cirque d'Avenir, mais l'avenir est devenu contemporain. Festival du Cirque Actuel.

Le pari est réussi, le cirque a, en vingt, été réinventé, replacé au centre de la création contemporaine. C'est comme ça qu'aujourd'hui on trouve au centre de la ville d'Auch dans un équipement tout récent, appelé le CIRC (Centre d'Innovation et de Recherche Circassienne) et labellisé Pôle National des arts du cirque. La mue du cirque est impressionnante et on a vu au cours des vingt sept années de festival la petite équipe devenir une institution. Mondialement reconnue.

L'évènement cette année n'était pas, comme annoncé, la présence d'un Cirque Plume vieillissant, mais la pluralité de la programmation. Parce que dans un même un festival quand on croise des petites merveilles comme Flaque de la compagnie Defracto, dans laquelle deux jongleurs éprouvent en profondeur leur art sur une musique électronique puissante et belle et avec une touche d’humour irrésistible, ou encore le travail de Yann Frish dans le Syndrome de Cassandre, petite merveille de clown glauque, et le fabuleux Nuit du Collectif Petit Travers, on ne peut que regretter cette mise en avant d'un spectacle à l'esthétique surannée et au budget exorbitant comme Tempus Fugit du Cirque Plume.

Le festival, par là, s'inscrit malgré lui dans une séparation des publics : le public du cirque plume n'est pas amené à CIRCa pour découvrir les autres spectacles, il s'agit d'un public plus autochtone et se concentrant sur le seul « évènement ».

Si le Cirque Plume s'est inscrit il y a vingt dans le renouveau du cirque en étant notamment la première compagnie de cirque à recevoir la bourse Beaumarchais-Sacd (pour les nouvelle écritures), il est aujourd'hui vieillissant et attaché à un modèle de spectacle issu du cirque traditionnel, soit l'enchainement de numéro sans trop de liens.

La compagnie ignore ainsi le bond dramaturgique qu’a opéré le cirque avec des écritures aussi belles que la danse contemporaine ou le théâtre (allant du travail de la Cridacompany à celui du Collectif Petit Travers, tous deux fidèles à CIRCa). Aujourd'hui le cirque acquiert sa puissance grâce à cette mise à distance de la performance pour la performance, et du format traditionaliste où des tableaux s'enchainent sans logique interne, sans mouvement organique.

Malgré cet écart que l'on pourrait qualifier de démagogique, le pouvoir de CIRCa ne se dément pas sur le terrain de la découverte de nouveaux talents, travail que la structure poursuit à l'année avec de nombreuses résidences de qualité au sein du Dôme de Gascogne, chapiteau en semi-dur, magnifique prouesse architecturale, menée par le cabinet d'architecture ADH, qui donne à la ville des allures de montgolfière et qui permettra encore longtemps au cirque de s’envoler au pays des rêves.

Ainsi pour cette 27e édition, CIRCa réussit encore à surprendre et à défendre une création circassienne contemporaine et exigeante.

Les couleurs du temps
à propos...

Site du Lieu : http://www.circa.auch.fr/

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