Festival Novart : un hymne au décloisonnement
Cécile STROUK Envoyée Spéciale à Bordeaux
Contact
Publié le 22 octobre 2015
Novart, c’est le festival artistique de Bordeaux. Celui qui donne un coup de fouet à la créativité de la ville. Celui qui décloisonne les frontières (quelles qu'elles soient). Celui qui révèle une panoplie d’artistes de la scène régionale et internationale. Trois semaines qui s’articulent autour d’une organisation bien ficelée, d’une programmation étonnante et d’une population iconoclaste. Un véritable coup de coeur.

Trois jours pour couvrir un festival de 3 semaines, c’est peu. Mais c’est censé être suffisant pour donner un aperçu de l’atmosphère et de la qualité de l’événement. Exception faite pour Novart. Pour la première fois, ces trois jours n’ont pas suffi.

Arrivée à Bordeaux vendredi matin, repartie dimanche soir. Quasiment 72h sur place. L’impression d’un passage éclair. Distorsion de la temporalité. C’est ça Novart. Ca fait sortir du temps, ça tord les idées reçues, ça agite les émotions, ça remue la conscience. C’est un festival multi-émotionnel. Autour de la création contemporaine, locale, régionale et internationale. Avec des artistes à la créativité disruptive, qui viennent ébouriffer l’art comme l’a fait il y a plusieurs années Sigma, un festival bordelais aussi.

Une programmation exigeante

Par quoi commencer ? Par la qualité de la programmation peut-être, qui nous emmène des lieux les plus incontournables de Bordeaux (TNBA, CAPC) aux lieux les plus inattendus (place Saint Michel).

1. A Game Of You, création d'une compagnie belge qui propose un parcours individualisé de 30 minutes dans un face-à-face avec nous-même où le miroir s'impose comme un double déformant.

2. Lorenzaccio, dernière mise en scène de la directrice du TNBA, Catherine Marnas, sur fond de musiques électroniques, d’orgie, d’homo-érostime, de tiraillement existentiel, avec un comédien exceptionnel, Vincent Dissez, littéralement habité par son rôle.

3. Le Banquet Littéraire, mise en espace de "Bonjour Tristesse" autour d'un banquet où le spectateur déguste un repas simple et savoureux en redécouvrant le premier texte de Sagan.

4. Potages et Potagers, installation qui donne la parole aux paysans, avec un public assis sur scène, attentif au voyage sonore et gustatif dans lequel il est emporté.

5. Tarot, conférence donnée dans le majestueux centre d'art contemporain de Bordeaux par le cinéaste chilien Alejandro Jodorowsky, qui improvise une lecture de cartes à un public médusé par un charisme encore intact et par le pouvoir divinatoire de ce jeu.

6. Le DJ qui donnait trop d’informations, performance live assurée par trois mélomanes québécois qui partagent leurs coups de coeur musicaux, platine à l'appui.

La Voiture Qui Tombe : la griffe Novart

Il est temps maintenant de faire un arrêt sur image sur La Voiture Qui Tombe, le QG du festival. C'est lors de l’interview de la directrice du festival, Sylvie Violan - dont le naturel incarne bien l'esprit du festival (découvrez son interview) - que ce lieu a été découvert. Ce lieu, c’est La Voiture qui tombe, un ancien marché laissé-pour-compte depuis 2 ans.

Caroline Melon, directrice de Chahuts - l’association missionnée de dégoter un QG pour le festival - raconte avec passion l’histoire de cet endroit éphémère. Le talent de cette femme au nom fruité, c’est de transformer des endroits désaffectés en espaces de vie dédiés à l'art. Elle les adore pour la vie, paradoxalement, qui y règne : la charge des souvenirs, les fantômes du passé.

Celui-là était idéal pour le projet qu’elle et Sylvie Violan avaient en tête : grand, ouvert, avec quelques particularités architecturales qui donnent un goût d’étrangeté. A sa façon, l’association l’a transformé en un cabinet de curiosités géant, dans lequel trônent des installations artistiques inédites et ouvertes à tous.

Mais ce n’est pas tout. Pour en faire un endroit qui encourage le lien, l’association Chahuts a installé des stands culinaires aux quatre coins de l’ancien marché. Avec chacun leur particularité. Bio, méditerranéen, italien, fruits de mer. Bon marché et bon tout court. Il y en avait pour tous les goûts.

Bref, Novart, c'est un véritable coup de coeur. Ce festival mérite d’être découvert, vu, parcouru et vécu. C’est un plein d’énergie positive et de créativité en tout genre.

Cecile Strouk, envoyée spéciale à Bordeaux

à propos...

Festival international des arts de la scène, du 3 octobre au 23 octobre 2015.

  Photo : © Kristof Guez